INTRODUCTION DU TRADUCTEUR
De prime abord, le sujet de ce livre pourrait laisser indifférent,car on pourrait croire qu'il s'agit d'un thème vieux comme l'histoiredes religions, évident comme la foi et trop classique pour apporterquoi que ce soit de nouveau au monde et à l'homme contemporain.
Mais dès qu'on passe à la lecture, l'intérêtdu sujet s'impose et, au fur et à mesure qu'on s'y plonge, on découvrequ'il est doublement d'actualité.
Le premier volet de son actualité se situe au niveau du mondeislamique. En intitulant son livre: " L'Esprit du Monothéisme",l'auteur met en évidence la lutte acharnée qui oppose, aujourd'hui,ceux qui oeuvrent pour que le monothéisme, - colonne vertébralede l'Islam -, recouvre sa signification authentique, son esprit et sa lettre,sa raison d'être, c'est-à-dire sa qualité spirituellede base d'un mode de vie pratique, d'un programme social, politique etéconomique, et d'une philosophie universelle qui offre àl'homme, à la société et à l'humanité,la possibilité de vivre en parfaite harmonie avec le vaste univers(le milieu naturel) qui les entoure et d'en tirer le meilleur profit -et ceux qui persistent à vouloir le vider de son contenu en l'acculantà une existence passive et formelle et en le réduisant àune affaire intime entre l'homme et son Seigneur.
Le second volet de son actualité apparaît au niveau dela pensée moderne. L'auteur s'ingénie, en effet, àramifier le thème de l'unicité en s'appuyant sur des dizainesde versets coraniques savamment choisis et pertinemment regroupésautour d'une diversité de thèmes qu'on pourrait bien intituler,selon la terminologie moderne: la liberté de l'homme, la lutte desclasses, la libération de l'homme, l'exploitation de la nature,la propriété, l'égalité des hommes...
Chacun de ces thèmes trouve, certes, au sein de la penséemoderne, ses tenants, ses défenseurs et même ses détracteurs.La philosophie monothéiste authentique a la particularitéde les contenir dans une vision globale où ils vivent en symbiose,harmonie et complémentarité.
L'auteur s'adresse non seulement à certains monothéistescontemporains qu'il compare à ces "hanafites" mekkois del'époque préislamique, qui se voulaient monothéistestout en vivant, sans sourciller, des situations jahilites qui contredisaientl'esprit de leur doctrine, mais également à tous ceux quiluttent pour la libération de l'homme, pour défendre lesdéshérités et les opprimés, afin qu'ils tournentleurs regards vers l'esprit du monothéisme et y trouvent l'incarnationde leurs objectifs et les solutions à leurs préoccupations.
Au travers d'un exposé historique des messages divins, l'auteurnous montre que ce n'est pas un hasard si chaque fois qu'un prophèteapporte un message, ses adversaires se trouvent du côté destyrans, des possédants, des nantis, en un mot des Mustakbirine,alors que ses partisans se recrutent parmi les dépossédés,les déshérités, les opprimés, en un mot lesMustadh`afine. On a là un beau sujet de réflexionet de méditation pour tous les défenseurs des opprimés,de la libération et des droits de l'homme!
Paris, 1983
Abbas Ahmad al-Bostani
L'Esprit du Monothéisme
Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux
Le jour où le Prophète de l'Islam porta le Message dela libération de l'homme et lança le slogan: «Pointde divinité, si ce n'est Dieu», il se heurta à unevive opposition et à une résistance violente à latête desquelles figuraient les chefs et les notables des tribus.Les autres opposants étaient les subalternes et les suivants desgrands seigneurs.
Ceux-ci ont affronté le Prophète et le groupe de croyantsqui l'entourait, tout d'abord par les plus simples armes d'agression: chuchotements,clins d'oeil et moqueries. Puis, à mesure que le mouvement monothéistese développait, ils recouraient à des armes plus dangereuseset plus meurtrières. Le front de l'opposition n'a cessé derépéter, pendant les treize années qui ont précédél'Emigration (l'Hégire), ces scènes honteuses où l'injustices'acharnait sur le bon droit.
Cette vérité historique mérite qu'on l'examineavec plus de soin et de précision car elle constitue un indice importantpour la compréhension profonde de l'Islam et de l'Unicitéqui forme la colonne vertébrale de l'Islam.
Il est très regrettable et tragique pour tous ceux qui appellentà la libération de l'homme de voir la conception du monothéismedévier à notre époque; car cette conception constituela base la plus profonde du contenu des religions, et aucune autre conceptionne l'égale quant à la profondeur de sa propension àlibérer l'homme et à sauver l'humanité martyriséetout au long de l'histoire. A notre connaissance, les messages divins ontoeuvré en général et à travers l'histoire,en vue de changer la société et de l'orienter vers une voiesusceptible de servir les intérêts de l'Homme, de sauver lesmasses déshéritées et opprimées et de mettrefin à toutes les formes d'injustice, de discrimination et d'agression.Selon Eric Froom, le contenu moral de toutes les grandes religions aspireà la science, à l'amour fraternel, à la solidarité,à l'indépendance et au sens de la responsabilité (ily a évidemment d'autres aspirations nobles et sublimes qu'un penseurmatérialiste ne pourra saisir).
Toutes ces aspirations et espérances sont contenues dans le principede l'Unicité. Les prophètes présentaient tous leursobjectifs à travers le slogan de l'Unicité. Ils réalisaientces objectifs ou facilitaient leur réalisation par un combat qu'ilsmenaient au nom de ce slogan.
Il est vraiment regrettable, non seulement pour les monothéistesmais également pour tous ceux qui soutiennent ces espéranceset objectifs, de voir le contenu de l'Unicité tomber dans l'ignorance,le superficiel, la déviation et se restreindre au cadre intellectuel,notamment à une époque où la nécessitéd'oeuvrer dans le sens de ces objectifs se fait sentir plus que jamais.* * * * *
Nous avons dit que les affrontements qui ont eu lieu à l'aubede l'Islam peuvent nous révéler une véritéimportante relative à la conception de l'Unicité, àsavoir que le slogan "Point de divinité, si ce n'est Dieu" s'estdirigé d'abord contre ceux qui l'ont combattu et lui étaienthostiles, en l'occurrence la classe dirigeante et puissante de la société.
La réaction que manifestent les adversaires de tout mouvementde changement dans une société donnée exprime toujoursclairement les orientations sociales de ce mouvement ainsi que la portéede l'influence de celles-ci. Et, pour bien connaître les orientationsdu mouvement en question, il suffit d'étudier la nature et l'appartenancede classe de ses adversaires. De même, on peut mesurer la portéede son influence en tenant compte du degré d'hostilité deses ennemis à son égard.
Tout ceci nous permet d'affirmer que l'étude du front des adeptesdes messages divins et du front de leurs ennemis constitue l'une des méthodessûres pour comprendre avec pertinence ces messages.
Lorsque nous nous apercevons que les catégories des gens aisésétaient toujours à la tête de ceux qui combattaientles messages divins, nous réalisons clairement que ceux-ci s'opposent- de par leur nature - à celles-là (les catégoriesdes gens aisés), s'opposent à leur tyrannie et à leurvie luxueuse et s'opposent surtout et fondamentalement à la discriminationde classe qui privilégie ces catégories aux dépensdes autres.
Avant de traiter du monothéisme (ou de l'Unicité) souscet angle, c'est-à-dire du combat du monothéisme contre toutessortes de domination sociale, il est indispensable de signaler tout d'abordque ce sujet ne se limite pas au cadre d'une théorie philosophiqueintellectuelle, comme le laisse croire une idée répandue,mais qu'il constitue une théorie fondamentale sur l'homme et l'univers,et un programme social, économique et politique de la vie.
Il est rare de trouver dans les lexiques religieux et non religieuxun vocable exprimant aussi bien que le mot "unicité", les notionsrévolutionnaires constructives et les dimensions sociales et historiquesde l'homme. Ce n'est point par hasard si tous les messages et les mouvementsthéistes dans l'histoire commencent leur appel par l'annonce del'unicité de Dieu et la limitation de la seigneurie et de la divinitéà Dieu seul.
Nous pouvons résumer les dimensions du contenu de l'unicitéen ce qui suit:
a)L'unicité sur le plan de la conception (la conceptiongénérale de l'unicité et de la vie) signifie:
1- L'unicité de l'ensemble du monde, l'harmonie et la concordancedans ses composants et de ses éléments.
Le principe de la création est un, et tous les "créés"sont régis par ce principe unique. Il n'y a pas de divinitémultiple derrière la création du monde et sa direction, cequi implique l'unité de tous les composants de l'univers quant àleur constitution et leur orientation:
«...Sans que tu voies de failles dans la création duMiséricordieux.»
(Le Royaume <al-Molk>, 67: 3)
«N'ont-ils pas réfléchi en eux- mêmes?Dieu n'a créé les cieux et la terre et ce qui se trouve entreles deux qu'en toute vérité et pour un temps déterminé.»
(Les Romains <al-Roum>, 30:8)
Selon cette conception, le monde en mouvement est un convoi dont lescomposants sont reliés les uns aux autres, comme les maillons d'unemême chaîne et comme les rouages d'un appareil fonctionnantdans un seul objectif. La signification réelle et le devoir de chacunde ces rouages (ou composants) sont déterminés par la positionqu'il occupe dans l'ensemble de la composition. Tous les rouages s'entraidentet se parfont dans cette marche complémentaire empressée.Chacun de ces rouages constitue un outil nécessaire au groupe. Toutarrêt, toute avarie, tout ralentissement, toute déviationdans l'un d'entre eux conduit au ralentissement, à la panne ou àla déviation de l'ensemble de l'appareil. De cette façon,tous les atomes se rattachent les uns aux autres par un lien "moral" profond.
2- Elle signifie aussi que le monde a une finalité, qu'il estfondé sur un calcul précis et sur une précision parfaite,et que chacun de ses composants a une âme et une signification: lemonde a un Créateur Avisé. Il s'ensuit que l'origine de lacréation, ainsi que beaucoup de ces composants, ont une finalité,une direction et un but.
«Nous n'avons pas créé par jeu le ciel, la terreet ce qui se trouve entre les deux».
(Les Prophètes <al-Anbiyâ'>, 21:16)
Toujours selon cette conception, le monde dans son ensemble n'est nidésemparé, ni absurde. Il est plutôt comme une machinefabriquée en vue d'un but précis. On peut s'interroger surson objectif mais point sur l'origine de cet objectif. Il est comme unpoème à thèse sur lequel il faut bien méditerpour en comprendre le contenu, et que l'on ne peut guère considérercomme une voix émanant d'un mouvement fortuit.
3- Et mieux encore, elle signifie que toutes choses et que tous leséléments de l'univers sont soumis à Dieu.
Dans cet ensemble d'éléments, aucun élémentn'est ni anormal, ni rebelle. Toutes les lois de la Nature (ainsi que toutce qu'elles régissent) sont soumises à Dieu et sont Ses serviteurs.L'existence des lois constitutives et naturelles sur le stade de l'universn'abolit point la Seigneurie de Dieu ni le principe de Dieu:
«Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se présententau Miséricordieux comme de simples serviteurs».
(Marie <Maryam>, 19: 93)
«Ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui appartienten totalité; tous Lui adressent leurs prières».
(La vache <al-Baqarah>, 2: 116)
«Ils n'ont pas estimé Dieu à Sa juste mesure.La terre entière, le Jour de la Résurrection, sera une poignéedans Sa main et les cieux seront pliés dans Sa main droite. Gloireà Lui! Très Elevé au-dessus de ce qu'ils Lui associent!».
(Les Groupes <al-Zomar>, 39:67)
b) L'unicité sur le plan de la conception de l'homme signifie:
1- L'unité des êtres humains et l'égalitéde leur lien avec Dieu.
Dieu est le Seigneur de tout le monde. Personne n'entretient de rapportsprivilégiés - fondés sur la nature de l'homme - avecDieu, et personne n'a de lien de parenté avec Lui. IL n'est pasle Dieu d'un peuple particulier ou d'une tribu en particulier. IL n'a paschoisi un peuple en particulier pour en faire le maître des autrespeuples. Tous les hommes sont égaux devant Dieu. Personne n'a uneposition privilégiée auprès de Dieu si ce n'est parla bonne action et par l'assiduité à servir les gens et àappliquer les prescriptions divines qui subliment l'homme.
«Ils ont dit: "Dieu s'est donné un fils". Mais gloireà Lui! Ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui appartienten totalité: tous Lui adressent leurs prières».
(La Vache <al-Baqarah>, 2: 116)
«Le zèle du croyant qui accomplit des oeuvres bonnesne sera pas effacé, car Nous l'inscrivons».
(Les Prophètes <al-Anbiyâ'>, 21: 94)
«O vous, les hommes! Nous vous avons créés d'unmâle et d'une femelle. Nous vous avons constitués en peupleset tribus pour que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d'entrevous, auprès de Dieu, est le plus pieux d'entre vous...».
(Les Appartements privés <al-Hojorât>,49: 13)
2- Elle signifie aussi l'unité des êtres humains et l'égalitéde leur création et de leur constitution humaine.
L'humanité est une seule race qui coule de façon égaledans le sang de tous les individus du genre humain. Il n'y a pas de divinitémultiple qui eût créé des catégories humainesmultiples. C'est pourquoi il n'y a pas d'écarts et de différencesinsurmontables dans la création. De même, le dieu de la classesociale supérieure n'est pas plus fort que celui de la classe inférieure.Tout le monde est la créature de Dieu Un et Unique, et tout le mondeest semblable dans l'essence de sa création:
«O vous les hommes! Craignez votre Seigneur Qui vous a créésd'un seul être...».
(Les Femmes <al-Nisâ'>, 4: 1)
3- Elle signifie ensuite que les êtres humains sont égauxquant à leur possibilité de se transcender et de se parfaire.
Les êtres humains sont semblables quant à leur essencehumaine et leur nature humaine. Celle-ci étant pétrie parla Main du Créateur Avisé, personne n'est donc incapable- de par sa nature - de gravir les échelons de la perfection. Delà on comprend que l'Appel de Dieu est général etne se limite pas à un peuple ou à une catégorie enparticulier. Certes, les différentes circonstances laissent deseffets différents sur l'homme. Mais ces circonstances accidentellesn'ont pas pu le transformer définitivement en un satan ni en unange, pas plus qu'elles n'ont pu enchaîner ses mains, ni le priverde sa capacité de choisir, ni lui interdire toute possibilitéde sélection et de changement.
«Nous t'avons envoyé à la totalité deshommes».
(Les Saba' <Sabâ'>, 34: 28)
«Nous t'avons envoyé aux hommes comme Prophète.»
(Les Femmes <al-Nisâ'>, 4: 79)
«O vous les hommes! Une preuve décisive vous est déjàparvenue de la part de votre Seigneur: Nous avons fait descendre sur vousune lumière éclatante. Dieu introduira bientôt dansSa Miséricorde et Sa Grâce ceux qui auront cru en Lui et quise seront placés sous Sa Protection. IL les dirigera vers Lui dansun Chemin Droit.»
(Les Femmes <al-Nisâ'>, 4: 174-175)
4- Et puis elle signifie que tout le monde est affranchi des chaînesde la captivité et des chaînes de toute servitude autre quecelle de Dieu; c'est là une autre façon d'exprimer la nécessitéde la servitude envers Dieu.
Les êtres humains, qui sont soumis d'une façon ou d'uneautre à la domination (quelle qu'elle soit: intellectuelle, économiqueou politique) de tout autre que Dieu, sont asservis à des serviteurscomme eux, - au sens le plus large de la servitude-, et admettent des égauxà Dieu. Or, l'unicité refuse une telle conception de la vie,considère l'homme comme un serviteur de Dieu et rien de plus, etle libère de la servitude et la de soumission à tout régimeet même à tout facteur de domination qui se met à laplace de Dieu. L'unicité signifie donc la soumission à Dieuseul et, par conséquent, le refus de toute autre autorité(quelle que soit sa forme ou sa qualité) que celle de Dieu:
«Le jugement n'appartient qu'à Dieu. IL a ordonnéque vous n'adoriez que Lui: telle est la Religion immuable.»
(Joseph <Yousof>, 12: 40)
«Ton Seigneur a décrété que vous n'adoriezque Lui.»
(Le Voyage Nocturne <al-Isrâ'>, 17: 23)
5- L'unicité, selon le sens précité, fait honneurà l'homme et le valorise.
Car la race humaine est trop sublime pour se soumettre et s'asservirà tout autre que Dieu. C'est seulement l'Existence sublime, la Beautésublime, qui mérite la servitude et l'amour de l'homme. Cette propensionsublime est un degré de la transcendance.
Rien, - si ce n'est l'Essence divine -, ne jouit d'une position dignede la prière et de l'adoration de l'homme. Toutes les idoles figéeset mobiles qui se sont imposées à la pensée, au coeuret au corps de l'homme en usurpant la place de l'Autorité divinedans la vie de l'homme, ne constituent que souillure et fétichesqui entachent la pureté et la limpidité naturelles de l'êtrehumain, le rapetissent et entravent son mouvement. Et, s'il veut revenirà sa position sublime, l'homme doit éviter absolument cesfétiches et purifier son existence de la souillure de leur adoration:
«Evitez la souillure des idoles; évitez les parolesfausses comme de vrais croyants en Dieu et non comme des polythéistes.Quiconque associe quoi que ce soit à Dieu se trouve comme s'il étaittombé du ciel; un oiseau de proie le saisit alors et l'emporte,ou bien le vent le précipite dans un lieu très éloigné.»
(Le Pèlerinage <al-Hajj>, 22: 30-31)
«Ne place pas une autre divinité à côtéde Dieu, sinon tu serais méprisé et abandonné.»
(Le Voyage Nocturne <al-Isrâ'>, 17: 22)
«Ne place aucune autre divinité à côtéde Dieu; sinon tu serais dans la Géhenne, mépriséet réprouvé.»
(Le Voyage Nocturne <al-Isrâ'>, 22: 39)
6- Elle signifie également l'unité et l'harmonie de lavie de l'homme et de son existence.
La vie de l'homme comprend l'esprit et la réalité, lapensée et l'action. Si l'un de ces deux aspects se soumet, - totalementou partiellement -, aux ennemis de Dieu (c'est-à-dire si l'espritdevient monothéiste et la réalité non monothéisteou vice versa), la dualité et le polythéisme apparaissentdans la vie de l'homme. L'homme devient, dans ce cas, comme une aiguilleaimantée dans le champ de laquelle apparaît un élémentétranger et qui va par conséquent, soit dévier totalementde sa direction naturelle, soit osciller à gauche et à droite.C'est dire que l'homme déviera du droit chemin qui concorde avecsa nature humaine et qu'il déviera de Dieu :
«Croyez-vous donc à une certaine partie du Livre etrestez-vous incrédules à l'égard d'une autre? Quellesera la rétribution de celui d'entre vous qui agit ainsi, sinond'être humilié durant la vie de ce monde et d'être refoulévers le châtiment le plus dur le Jour de la Résurrection?...»
(La Vache <al-Baqarah>, 2: 85)
7- Elle signifie enfin l'harmonie de l'homme avec le monde qui l'entoure.
Le vaste stade de l'univers est riche en lois de la création.Aucun phénomène naturel n'échappe au cadre de ceslois. C'est grâce à la concordance, à la conjugaisonet à la rencontre de ces lois que la forme de l'univers est ordonnéeet que le monde se voit régi par des lois généraleset des lois particulières. Ces mêmes lois particulièressont compatibles et en harmonie avec les lois des autres phénomènes.
Quant à l'homme, à la différence de tous les autresphénomènes qui se meuvent d'une façon mécanique,naturelle et innée, il est doté d'une force de volontéet d'une faculté de choisir. Il doit, par conséquent, choisirvolontairement sa voie naturelle et innée puisque c'est la voiede sa sublimation et de sa perfection. C'est dire qu'il est capable dedévier de cette voie naturelle:
«Que celui qui le veut croie donc et que celui qui le veutsoit incrédule».
(La Caverne <al-Baqarah>, 18: 29)
L'unicité appelle l'homme à marcher sur sa voie naturelleet innée qui concorde avec tout l'univers, afin qu'il soit lié,dans son action et ses efforts, à tous les composants de l'universet qu'il participe ainsi à son unité et à son harmonie.
«Désirent-ils une autre religion que celle de Dieu,alors que tout ce qui est dans les cieux et sur la terre se soumet àLui, de gré ou de force et qu'ils seront ramenés vers Lui?»
(La Famille de `Imrân <Âle `Imrân>,3: 83)
«N'as-tu pas vu? C'est devant Dieu que se prosternent ceuxqui se trouvent dans les cieux et ceux qui demeurent sur la terre: le soleil,la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux etun grand nombre d'hommes...»
(Le Pèlerinage <al-Hajj>, 22: 18)
c) L'unicité sur le plan des programmes sociaux (économiqueset politiques...)
1- Elle supprime à toute source non divine le pouvoir exclusifd'élaborer des programmes indépendants pour la vie et l'homme.
Car Dieu est le Seul Créateur de l'homme et de l'univers; c'estLui Seul qui a élaboré cet ordre harmonieux de l'univers;Lui Seul connaît les possibilités et les besoins de l'homme.
Dieu Seul connaît les trésors enfouis et les énergiesemmagasinées chez l'être humain. IL est le Seul à connaîtreles trésors et les possibilités que renferme l'univers. LuiSeul connaît le bilan et les portées de l'exploitation deces trésors et possibilités et sait comment ils se rencontrenttous.
Pour cela, IL est le Seul à pouvoir élaborer un programmede mode de vie, de relations humaines et de mouvement de l'homme dans lecadre du système de l'univers, à promulguer les lois de lavie et à y déterminer la forme du système social.
La compétence de Dieu dans ce domaine découle naturellementet logiquement de la Créativité et de la Divinité.Toute autre intervention dans la détermination du déroulementpratique de l'humanité constitue donc une ingérence dansl'autorité de Dieu, une prétention à la divinitéet un facteur de polythéisme:
«Non!... Par ton Seigneur!... Ils ne croient pas tant qu'ilsne t'auront pas fait juge de leurs différends. Ils ne trouverontplus ensuite, en eux-mêmes, la possibilité d'échapperà ce que tu auras décidé et ils s'y soumettront totalement».
(Les Femmes <al-Nisâ'>, 4: 65)
«Lorsque Dieu et Son Prophète ont pris une décision,il ne convient pas à un croyant, ni à une croyante de maintenirson choix sur cette affaire. Celui qui désobéit àDieu et à son Prophète s'égare totalement et manifestement.»
(Les Factions <al-Ahzâb>, 33: 36)
2- Supprimer le droit de priorité sur la sociétéet sur la vie de l'homme à tout autre que Dieu.
Si la tutelle de l'homme sur l'homme se fonde sur un droit indépendantet sans responsabilité, elle débouchera sur l'injustice,la tyrannie et l'agression. Car l'homme- gouvernant ou l'appareil-gouvernantne peut se débarrasser de la déviation, de la tyrannie etde l'excès que s'il est investi pour cette tâche par une autoritésupérieure et dans le cadre de responsabilités proportionnellesà ses compétences. Cette haute autorité est, dansl'école religieuse, Dieu, qui sait toute chose:
«...Le poids d'un atome ne Lui échappe ni dans les cieux,ni sur la terre;...»
(Les Saba' <Sabâ'>, 34: 3)
«S'il Nous avait attribué quelques paroles mensongères,Nous l'aurions pris par la main droite, puis Nous lui aurions tranchél'aorte...»
(Celle qui doit venir <Al-Hâqqah>, 69:44 -46)
Cette Haute Autorité ne saurait être dupée commecela peut arriver aux masses, ni servir d'instrument de domination et detyrannie, comme c'est le cas des partis, ni transiger, comme c'est le casdes notables et des dirigeants du peuple.
En d'autres termes, si l'ordre de la vie exigeait que tous les organismesde la vie sociale conduisent vers un point unique et qu'une seule forcedominante se charge de toutes leurs affaires, cette dominante ne seraitautre que le Créateur de l'univers et de l'homme.
Le pouvoir est un droit exclusif de Dieu. Il doit être conduitpar ceux que Dieu désigne, c'est-à-dire ceux qui jouissentplus que les autres de qualités et de critères précisésdans l'idéologie divine et qui sont les exécutants et lesgardiens des lois divines:
«Dis: "Prendrai-je pour Seigneur un autre que Dieu le Créateurdes Cieux et de la terre; alors qu'IL nourrit les êtres et qu'ILn'a pas besoin qu'on Le nourrisse?" Dis: "Oui, j'ai reçu l'ordred'être le premier à me soumettre. Ne soyez pas au nombre despolythéistes."»
(Les Troupeaux <al-An`âm>, 6: 14)
«Vous n'avez pas de maître en dehors de Dieu et de SonProphète, et de ceux qui croient: ceux qui s'acquittent de la prière,ceux qui font l'aumône tout en s'inclinant humblement.
(La Table Servie <al-Mâ'idah>, 5: 55)
«Dis: "je cherche la protection du Seigneur des hommes, Roides hommes, Dieu des hommes."»
(Les Hommes, <al-Nâs>, 114: 1-3)
3- Elle signifie que Dieu est le propriétaire exclusif, absoluet originel de tous les bienfaits et de tous les trésors de l'univers.
Personne n'a le droit de posséder et de disposer à saguise d'une richesse d'une façon directe et indépendante.Tout ce qui se trouve dans l'univers est un Dépôt entre lesmains de l'homme, lequel doit s'en servir en vue de se transcender et dese perfectionner. L'homme favorisé n'a pas le droit d'endommageret gaspiller les biens du monde, lesquels sont les fruits des efforts demilliers de phénomènes et d'éléments de cetunivers, ni de les négliger ou de les exploiter dans une voie autreque celle de la transcendance humaine.
Tout ce que possède l'homme, même lorsqu'il s'agit d'unepropriété privée, est un don divin. C'est pourquoice don doit être exploité conformément aux prescriptionsde Dieu, c'est-à-dire dans sa place naturelle, celle pour laquelleil fut créé. Utiliser ce don divin dans une autre voie, ceserait le dévier de sa direction naturelle, et ce serait une corruption.
Le rôle de l'homme vis-à-vis de ces divers biens divinsconsiste à les exploiter pertinemment, à les mettre en valeuret à s'en servir à la perfection:
«Dis: "A qui donc appartiennent la terre et ceux qui s'y trouvent?Si seulement vous le saviez!» Ils diront: "Dieu!...". Réponds:"Et quoi?... Ne vous en souviendrez- vous pas?"»
(Les Croyants <al-Mo'minoun>, 23: 84-85)
«C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui estsur la terre.»
(La Vache <al-Baqarah>, 2: 29)
«Adorez Dieu! Il n'y a pas de Dieu que Lui. IL vous a créésde cette terre où IL vous a établis.»
(Houd, 11: 61)
«Ceux qui violent le pacte de Dieu après avoir acceptéSon alliance; ceux qui tranchent les liens que Dieu a ordonné demaintenir; ceux qui seront maudits; ceux auxquels la détestabledemeure est destinée.»
(Le Tonnerre <al-Ra`d>, 13: 25)
4- Elle signifie aussi que les êtres humains ont un droit égalà l'exploitation des biens de la vie.
Les possibilités et les occasions d'exploiter ces biens sontoffertes d'une façon égalitaire à tous les êtreshumains, selon le besoin de chacun et dans le cadre de l'effort et du travailfait par chacun. Ce stade universel ne réserve pas d'emplacementprivé à une catégorie particulière de l'humanité.Tout le monde doit pouvoir exploiter les diverses richesses naturellesselon l'effort consenti, et ce sans distinction de race, de position géographiqueet historique et même d'appartenance idéologique.
«IL a créé pour vous les bestiaux».
«Ils vous semblent beaux...»
«Ils portent vos fardeaux...»
«C'est Lui qui fait descendre du ciel l'eau qui vous sert»et «Grâce à elle, Il fait encore pousser pour vous lescéréales...»
«Ce qu'IL a créé pour vous sur la terre...»
«...pour que vous en retiriez une chair fraîche.»
Ces versets, tirés du début de la sourate "Les Abeilles"(al-Nihal), s'adressent à tout le monde sans distinctionet ne sont pas destinés à une catégorie ou àun groupe particulier d'individus. Ils figurent dans un contexte oùd'autres versets de la même sourate s'adressent égalementà tous les êtres humains:
«Mais Dieu vous dirigerait tous s'IL le voulait.»
«Votre Dieu est un Dieu Unique...» * * * *
Nous avons traité de l'un des aspects du vaste et profond contenude l'unicité. Il ressort clairement de ce rapide exposé quel'unicité n'est pas une vision philosophique, intellectuelle, nonpratique, coupée de la vie et du mouvement des groupes humains etde l'activité de l'individu. L'unicité ne se contente pasde remplacer une croyance par une autre croyance, mais consiste d'une parten une vision générale de la vie, comprenant une conceptionparticulière de l'univers et de l'homme, de la place de celui-ciparmi les phénomènes de l'univers, de sa position dans l'histoire,de ses possibilités, de ses besoins et de ses exigences personnelles,ainsi que de ses tendances et des étapes de sa sublimation et desa perfection; et, d'autre part, en un programme social global adaptéà la nature humaine et dans le cadre duquel l'être humainpeut gravir rapidement et facilement les échelons de la perfection.C'est une thèse particulière sur la sociétédans laquelle les lignes générales et fondamentales de lastructure sociale sont clairement définies.
Pour cette raison, lorsqu'une voix s'élève dans les sociétésjahilites (1) (fondéessur l'ignorance de la vérité de l'homme) et les sociétéstyranniques (fondées sur l'hostilité à l'égarddes véritables valeurs humaines), un changement global s'y opèrequi éclaire les coeurs ténébreux, ressuscite les âmesinertes, suscite un frisson dans le corps social inactif, réorganiseles affaires désordonnées et contradictoires. L'unicitéopère un changement dans le contenu psychologique de la société,dans les établissements économiques et sociaux, dans sesvaleurs morales et humaines. En un mot, l'unicité s'attaque àla situation jahilite en vigueur et aux autorités qui protègentcette situation et à l'atmosphère qui oxygène cettesituation et la fait survivre.
L'unicité n'est donc pas seulement une thèse relativeà une question purement théorique à cadre pratiquerestreint, mais c'est aussi et surtout une nouvelle voie ouverte àl'homme et visant à lui présenter un autre style de travailet de vie, tout en se fondant sur une analyse intellectuelle et théorique.
Partant de cette conception du contenu de l'unicité, nous croyonsque celle-ci forme la pierre angulaire de la citadelle religieuse, sonfondement et son contenu essentiel. Comprendre l'unicité comme unevision métaphysique, ou au mieux comme une thèse morale...,c'est la placer très en-dessous de l'idéologie islamiquevivante qui comporte une thèse intégrale sur la vie sociale.
Il y eut, tout au long de l'histoire, des individus qui, tout en croyanten Dieu et à l'unicité, ignoraient ou faisaient semblantd'ignorer le contenu concret et pratique, - social notamment -, de cettedoctrine (de l'unicité). De tels individus se sont habituésà vivre à toute époque, partout et dans toutes lescirconstances, de telle sorte que l'on ne peut les distinguer de ceux quine croient pas à l'unicité; c'est-à-dire que la doctrinede l'unicité ne suscite pas en eux un sentiment d'opposition àla situation non unicitaire en vigueur et qu'ils ne sentent pas le poidsdu polythéisme qui pèse lourd sur leur société.
A l'aube de l'Islam, il y avait un groupe de hanafites(2)qui vivaient à la Mecque, centre de l'idolâtrie et grandecapitale des idoles à l'époque. Pourtant leur présencene laissait aucune influence sur l'atmosphère intellectuelle etsociale de cette ville. La raison en est que leur conception de l'uniciténe dépassait pas leurs coeurs, leurs esprits et le cadre de leurvie privée et ne s'étendait guère aux labyrinthesjahilites, ni n'avait le moindre effet sur la vie désolante qu'ony menait. Ces hanafites vivaient avec les autres sur un même terrainet menaient le mode de vie des autres, sans que cela les ait gênés.Cette conception intellectuelle de l'unicité se caractérisejustement par l'apathie et la marginalisation, sociale notamment. Dansde telles circonstances, l'Islam a lancé sa conception du monothéisme,comme une doctrine engagée, une organisation de la vie et une nouvellethèse sociale. Il a présenté son identité commeun appel au changement radical à tous ses interlocuteurs, croyantsou infidèles. Tous ceux qui avaient entendu l'appel islamique ontcompris qu'il s'agissait d'un système social, économiqueet politique nouveau, absolument incompatible avec le système établià l'époque et visant à enrayer et à remplacercelui-ci.
Attirés par cette nouvelle thèse, les gens ont réponduavec enthousiasme et ardeur à l'appel islamique. En revanche, agacéspar elle, les adversaires et les athées se sont mobiliséspour manifester avec violence et sauvagement leur hostilité, sanscesse croissante, à son égard.
Cette vérité historique peut constituer partout et àtoutes les époques, un critère de la véracitéou de la fausseté de la prétention au monothéisme.Il est difficile en effet de croire au monothéisme des gens commeles monothéistes de la Mecque pré-islamique.
Le monothéisme conciliant, le monothéisme qui courtisetous ceux qui sont imposés comme associés de Dieu, - c'est-à-direles faux dieux -, le monothéisme qui se contente de se présentercomme une hypothèse intellectuelle, ce monothéisme-làn'est qu'une copie déformée du monothéisme des Prophètes.
A travers cette vision saine de la religion, s'explique la raison dela propagation de l'Islam aux époques du progrès et de sonrecul, de sa défaillance et de sa dégradation à cellesdu sous-développement.
L'Islam du Prophète Muhammad présentait le monothéismeaux gens comme une voie et une pratique; celui des époques ultérieuresl'a présenté comme une théorie qui suscite des discussionset des débats dans les réunions et les rassemblements. Dansle premier cas, il s'agissait d'une nouvelle conception du monde et d'unenouvelle théorie du mouvement de la vie; dans le second cas, ils'agissait de discussions creuses sur des questions secondaires dépourvuesde tout intérêt vital.
Dans le premier cas, l'unicité constituait l'ossature dusystème en place et l'axe de toutes les relations sociales, économiqueset politiques, alors que, dans le second cas, elle représentaitun beau tableau d'art accroché dans un salon et servant d'ornement.Que peut-on espérer d'un tel objet de luxe?! * * * * * *
De ce qui précède, il ressort que le monothéisme,sur le plan pratique, est une thèse sociale, un programme de vieet la base d'un système que l'Islam a adapté à lanature de l'homme, à son développement et à son aspirationà la transcendance; et que, sur le plan théorique, il constituela base intellectuelle et philosophique de ce système.
Ayant terminé ces quelques préambules, nous pouvons àprésent revenir en arrière pour étudier ce que nousavons soulevé au début de cette recherche, à savoirle combat du monothéisme contre toutes les formes de la dominationsociale.
Nous avons dit que les premières oppositions auxquelles s'estheurté l'appel au monothéisme étaient le fait descatégories puissantes et dominantes de la société.Cela prouve que la devise "Point de divinité si ce n'est Dieu" étaitdirigée avant tout contre cette catégorie puissante et dominanteou, selon l'expression coranique, la catégorie des "mustakbirine"(les orgueilleux, les hautains, les dominateurs).
Nous avons dit également que, tout au long de l'histoire, lesappels monothéistes prenaient une position claire contre les mustakbirine.C'est pourquoi la société se divisait toujours en deux catégoriesopposées:
- la catégorie des opposants, formée des mustakbirine;
- et celle des fidèles, composée des mustadhifine(les déshérités, les dépossédés,les défavorisés)
Nous avons dit enfin que c'est la réaction de ces deux catégoriesà l'égard du Message monothéiste qui nous permet dedistinguer le vrai et l'authentique monothéisme du faux monothéisme.C'est dire que, lorsque le monothéisme affiche sa conception originelleet authentique, il se heurte inévitablement à l'hostilitéet à la réaction négative des mustakbirine.
Maintenant, il nous faut examiner les dimensions du monothéismepour voir laquelle d'entre elles s'oppose directement aux intérêtsde la classe des mustakbirine et menace son existence. En d'autreterme, nous devons comprendre cet aspect du monothéisme qui provoqueles mustakbirine et les pousse à recourir à la confrontationviolente. Pour ce faire, il faut comprendre tout d'abord la personnalitédu "mustakbir" (le hautain, l'orgueilleux) telle qu'elle est analyséedans le Noble Coran.
En effet, le Coran met en scène cette personnalité dansquarante endroits. Il nous parle de ses caractéristiques psychologiques,de sa position sociale, de ses objectifs, de ses convoitises expansionnisteset accapareuses.
Globalement, le Coran met en évidence les traits suivants du"mustakbir":
1- Celui-ci refuse de concevoir Dieu selon l'expression: "Point de divinité,si ce n'est Dieu" (c'est-à-dire la limitation du pouvoir et de lapropriété absolue à Dieu seul), bien qu'il ne refusepas Dieu en tant que vérité spéculative et honorifiqueà cadre limité:
«Quand on leur disait: "il n'y a pas de divinité queDieu", ils s'enorgueillissaient...»
(Ceux qui sont placés en Rangs <Al-Çâffât>,37: 35)
«...Ils se sont injustement enorgueillis sur la terre. Ilsont dit: "Qui donc sera plus redoutable que nous par sa force?».
(Les Versets clairement exposés <Fuççilat>,41:15)
«Quand on lui récite nos Versets, il se détourneavec orgueil, comme s'il ne les entendait pas, comme si ses oreilles étaientfrappées de surdité. Annonce-lui la nouvelle d'un châtimentdouloureux.»
(Luqmân, 31: 7)
2- Il prend l'attitude de renégat et de contradicteur àl'égard de l'appel au changement et à la libérationlancé par le Prophète et y fait face, sous prétextequ'il est plus capable que d'autres de connaître le bon chemin etque Dieu doit s'adresser à lui directement:
«Les incrédules ont dit aux croyants: "Si ceci étaitun bien, ce n'est pas eux, c'est nous qui y aurions cru les premiers.»
(Al- Ahqâf, 46: 11)
«Ils disent, lorsqu'un signe leur parvient: "Nous ne croironspas tant que nous ne recevrons pas un don semblable à celui quia été accordé aux Prophètes de Dieu.»
(Les Troupeaux <al-An`âm>, 6: 124)
3- Il accuse le prétendant à l'appel de vouloir êtreporté à la notoriété et à la célébrité;et il invoque les traditions révolues du système établiet dominant pour endiguer la diffusion de l'appel dans la société.
«Ils dirent: "Es-tu venu à nous pour nous détournerde ce que nous avons trouvé chez nos pères, et pour que lapuissance terrestre appartienne à vous deux? Nous ne croyons pasen vous!»
(Jonas <Younis>, 10: 78)
4- Il recourt à la force, à la falsification et àtoutes sortes de tromperie et de duperie pour maintenir les gens sous sadomination et son joug et pour les pousser à affronter tout appelde libération:
«Ils diront encore: "Notre Seigneur! Nous avons obéià nos chefs, à nos grands et ils nous ont écartésde la voie droite".»
(Les Factions <al-Ahzâb>, 33: 67)
«...les faibles diront aux orgueilleux: "Nous vous avons suivis;pouvez-vous maintenant nous préserver d'une partie de ce Feu?"»
(Celui qui pardonne <al-Mo'min, Ghâfir>, 40: 47)
«Les chefs du peuple de Pharaon dirent: "Celui-ci est un savantmagicien et il veut vous chasser de votre pays; que prescrivez-vous?"»
(Al-A`râf, 7: 109-110)
5- Et enfin, il soumet le Prophète et ses adeptes révoltéscontre le régime régnant et le courant idéologiqueen vigueur aux attaques les plus sévères et à toutessortes de torture, de supplice et de répression:
«Les hommes de Ukhdoud ont été tués. Lefeu était sans cesse alimenté, tandis que les gens se tenaientassis autour, témoins de ce que subissaient les croyants.»
(Les Constellations <al-Borouj>, 85: 4-7)
«Pharaon dit: "Laissez-moi tuer Moïse! Qu'il n'altèrevotre religion et qu'il ne sème la corruption sur la terre."»
(Celui qui pardonne <Ghâfer, al-Mo'min>,40: 26)
Tels sont, brièvement, les traits des "mustakbirine",selon le Noble Coran. Dans d'autres endroits, le Coran ne se contente plusde brosser le portrait, mais désigne du doigt les grandes figureshistoriques des mustakbirine:
«Nous avons ensuite envoyé avec Nos Signes, Moïseet Aaron à Pharaon et à ses conseillers; mais ceux-ci s'enflèrentd'orgueil...»
(Jonas <Younis>, 10: 75)
«De même pour Coré, Pharaon et Haman: Moïseleur avait apporté des preuves décisives, mais ils s'enorgueillirentsur la terre...»
(L'Araignée <al-`Ankabout>, 29: 39)
Pharaon est notoirement connu; Hâmân est son conseillerparticulier et la première personnalité de son entourage."Les conseillers de Pharaon" sont les notables de son entourage. Ils lesuivaient, l'aidaient et le conseillaient (voir le Verset 126, SourateAl-A`râf). Quant à Coré (Qâroun),il est connu pour ses fortunes fabuleuses et ses trésors "dontles seules clés semblaient lourdes à une troupe d'hommesrobustes" (Le Récit <al-Qiçaç>, 28: 76).
En examinant les dizaines de versets coraniques relatifs à"l'istikbar" (l'orgueil, l'hégé-monisme, la dominance),il ressort que le "mustakbir" (l'orgueilleux...) est: la catégoriedomi-nante de la société jahilite qui tient les rênesdu pouvoir politique et économique sans mérite, qui détientégalement - par souci de perpétuer son exploitation et sadomination - la direction de la pensée et des croyances, qui oeuvrepar divers moyens en vue de forger chez les masses un esprit de soumissionet de résignation à son ordre établi. Ce "mustakbir"qui s'apprête toujours à combattre la moindre tentative deréveiller la conscience afin de préserver ses intérêtset maintenir son existence, que ne fera-t-il pas pour contrer un appelau changement radical. * * * * *
Revenons maintenant à notre sujet essentiel: Comment les Prophètesont-ils présenté la doctrine de l'unicité?
La réponse à cette question met en relief les points quiprovoquent dans cette doctrine la susceptibilité du "mustakbir",la raison de sa susceptibilité et de son incapacité àsupporter la foi de l'unicité lorsqu'elle est présentéede cette manière (celle des prophètes). Par ailleurs, ellenous explique l'importance de l'unicité en sa qualité debase essentielle sur laquelle se fonde le Message.
On sait que la profession de foi de l'unicité est le premierappel qu'un prophète lance à sa communauté. Ainsi,le Prophète-Sceau a lancé, à la Mecque, la devise:«Dites: point de divinité, si ce n'est Dieu, vous serezheureux». Le Coran rapporte l'appel lancé par de noblesprophètes tels que Noé, Houd, Çâlih, Chu`aïbà leurs peuples respectifs. Cet appel était axé surl'unicité.
«O mon peuple! Adorez Dieu! Il n'y a pas, pour vous, d'autreDieu que Lui».
(Al-A`râf, 7:59)
Cet appel est fondé essentiellement sur le refus de toute servitudeautre que celle requise enversde Dieu. A travers lui, le Prophèteincite les ignorants et les inconscients, plongés jusqu'au cou dansles boues du régime jahilite tyrannique, à cesser d'êtredes serviteurs de tout autre que Dieu. Cela signifie qu'il commence sonappel par une déclaration de guerre contre tous ceux qui se substituentà Dieu.
Qui sont ces prétendants à la divinité dans lasociété? Que signifie: "déclarer la guerre àla fausse divinité?". Quelle situation l'appel vise-t-il àinstaurer dans la société?
L'expression: "les prétendants à la divinité" laissepenser généralement à ceux qui se sont présentéscomme "Dieu", c'est-à-dire ceux qui ont prétendu au pouvoirsurnaturel auquel l'humanité a toujours cru d'une façon oud'une autre. Mais c'est là une appréhension simpliste decette expression.
Certes, l'histoire a connu des criminels de petite envergure qui ontexploité leur puissance politique et sociale pour laisser croireà des gens de moindre envergure qu'eux, qu'ils étaient "dieux"au sens précité ou qu'ils portaient en eux un aspect de l'espritdivin. Mais, lorsque nous étudions le sens large des termes de "servitude","seigneurie", "divinité", utilisés dans le Coran, nous constateronsque le champ de la signification de l'expression "prétendants àla divinité" est beaucoup plus étendu qu'il ne le paraît.
Le concept de "servitude", tel qu'il est utilisé dans le Coran,signifie la soumission et l'obéissance absolue à un hommeou à tout autre être. C'est dire que lorsque nous nous soumettonsaveuglément à un individu et que nous agissons selon sesdésirs, ses caprices et ses directives, nous devenons ses serviteurs.De même, toute force qui parvient à nous soumettre àelle, à dominer notre corps et notre esprit, à se servirde nos énergies à sa guise, nous asservit. Peu importe quecette force se trouve à l'intérieur de nous-mêmes oudans le milieu qui nous entoure. Voici quelques exemple coraniques de cetteutilisation (l'utilisation du terme "servitude" au sens de soumission etd'obéissance à un homme ou à tout être).
-Au début de son appel, Moïse s'adresse au Pharaonet lui dit:
"Est-ce là le bienfait que tu me reproches alors que tu gardesles fils d'Israël en esclavage?"
(Les Poètes <al-Cho`arâ'>, 26: 22)
-Pharaon et ses courtisans s'adressent les uns aux autreset se demandent:
«Allons-nous croire en deux mortels comme nous, alors que leurpeuple nous sert d'esclaves?»
(Les Croyants <al-Mo'minoun>, 23: 47)
-Abraham s'adresse à son père et lui dit:
«O mon père! N'adore pas le Démon; le Démonest rebelle envers le Miséricordieux»
(Marie <Maryam>, 19: 44)
-Dieu s'adresse à l'humanité):
«O fils d'Adam! Ne vous ai-Je pas engagés à nepas adorer le Démon - il est votre ennemi déclaré».
(Yâ Sîn, 36: 60)-Dieu àSes bons serviteurs:
«Il y a une bonne nouvelle adressée à ceux quise sont écartés des Tâghout en refusant de les adoreret qui reviennent à Dieu».
(Les Groupes <al-Zomar>, 39: 17)
-Dieu dit, à propos de ceux qui reprochent aux croyantsleur croyance):
«Dieu a transformé en singes et en porcs ceux contrelesquels Il est courroucé et ceux qui ont adoré les Tâghout.Voilà ceux qui se trouvent dans la pire des situations: ils sontles plus profondément égarés hors de la voie droite».
(La Table Servie <al-Mâ'idah>, 5: 60)
Dans ces versets, le mot "servitude" exprime la soumission àPharaon et à ses courtisans, au Tâghout (tyran) et àSatan. Lorsqu'on étudie tous les versets du Coran relatifs àce sujet, on tire la conclusion que la "servitude", selon la concep-tioncoranique, signifie: la soumission, la subordi-nation et l'obéissanceabsolue, - volontaires ou involon-taires, avec ou sans un sentiment devénération et de reconnaissance morale -, à une puissanceréelle et fictive. C'est cette puissance qui est "l'idole", et c'estl'obéissant qui est "l'esclave" ou le serviteur".
A la lumière du cadre des concepts précités, ilressort que les vocables "divinité" et "dieux" constituent une autreexpression du mot: "idole".
La société jahilite déviée est diviséeen deux classes: la classe des mustakbirine et celle des mustadh`afine,c'est-à-dire en une classe dominante et aisée qui détienttous les pouvoirs et une classe délaissée, asservie et déshéritée.L'aspect le plus saillant de la fausse divinité et de la servitudeest ce rapport d'inégalité entre les deux classes. Il estabsurde de trop chercher ce qu'il y aurait derrière un êtresacré, humain, animal ou inorganique, lorsqu'on traite des dieuxdes sociétés jahilites à travers l'histoire. Car lamanifestation la plus évidente d'un telle idole ou divinité,c'est cette catégorie d'individus qui, en raison de ses liens particuliersavec la classe des "mustakbirine", oeuvre en vue de soumettre lesmasses des mustadh`afine et de les conduire à servir lesintérêts et l'avidité de ses commanditaires.
La vraie "religion" dans de telles sociétés, c'est le"polythéisme". Car la divinité y est aussi multiple que lescentres d'influence dominants qui entraînent les gens dans leurssillages.
Le polythéisme, c'est diviniser des individus à côtéou à la place de Dieu ou, en d'autres termes, c'est confier lesquestions de la vie à autre que Dieu, c'est se soumettre àune autre puissance que Dieu, c'est se fier, au moment du besoin, àcette autre puissance et suivre sa direction.
Le monothéisme se situe à un point diamét-ralementopposé au polythéisme: il récuse toutes ces faussesdivinités, refuse de s'y soumettre, résiste à leurdomination, immunise les coeurs contre leur charlatanisme, appelle àleur éradica-tion, et fait se rattacher l'homme, corps et âme,à Dieu.
Le premier slogan lancé par les envoyés de Dieu, c'étaitjustement ce refus-là (des fausses divinités) et cette soumission-là(à Dieu):
«Oui, Nous avons envoyé un prophète àchaque communauté: "Adorez Dieu! Fuyez les Tâghout!".»
(Les Abeilles <al-Nihal>, 16: 36)
«Nous n'avons envoyé aucun prophète avant toisans lui révéler: "Il n'y a de Dieu que Moi; Adorez-Moi!"
(Les Prophètes <al-Anbiyâ'>, 21: 25)
Les prophètes ont donc annoncé la fin de l'èrejahilite corrompue et dégradée en lançant leur sloganqui leur a servi du même coup à appeler à lutter avecacharnement contre les tyrans, les bafoueurs des valeurs humaines authentiqueset les tenants de fausses valeurs qui servent l'injustice et les injustes.
Le refus du polythéisme, c'est en fait le refus de toutes lesentités sociales, politiques et économiques qui composentla société jahilite et qui adoptent la doctrine polythéistepour, à la fois, dissimuler et justifier la situation de cette société.
Le refus de la fausse divinité signifie la répudiationde tous ceux qui s'étaient appliqués à déposséderles masses et à les exploiter par la force pour rassasier leursdésirs indomptables.
C'est bien par ce slogan que Moïse a déclaré la guerreà Pharaon... Oui, Pharaon et sa suite parlaient du refus de Moïsede leur divinité traditionnelle:
«Les chefs du peuple de Pharaon dirent: "Laisserez-vous Moïseet son peuple corrompre la terre et te délaisser, toi et tes divinités?»
(Al-A`râf, 7: 127)
Mais Pharaon et ses semblables savaient bien que cette "divinité"-là,c'est-à-dire les idoles inertes, ne servait qu'à couvriret à justifier la divinité de Pharaon et de sa suite. L'idoleinerte justifiait en fait la divinisation des idoles vivantes. Il étaitdonc logique que Pharaon ait réagi négativement àl'appel de Moïse à l'adoration de Dieu Un et Unique, Créateurdes Cieux et de la Terre, et l'ait menacé, - ainsi que ses adeptes-de mort et de torture:
«Pharaon dit: "Si tu adoptes un autre dieu que moi, je te feraimettre en prison".»
(Les Poètes <al-Cho`arâ'>, 26:29)
«Il répondit: "Nous tuerons leurs fils, nous laisseronsvivre leurs filles et nous les dominerons!"»
(Al-A`râf, 7: 127)
«Je vous ferai couper la main droite et le pied gauche, puisje vous ferai tous crucifier".»
(Al-A`râf, 7: 124)
Ce refus obstiné du nom de "Dieu" et de l'appel à l'unicités'explique par le fait que cet appel ne signifie autre chose que:
- la croyance au pouvoir exclusif de Dieu sur la vie;
- le refus de la fausse divinité;
- l'attachement à Dieu l'unique et le brisement des chaînesdes autres servitudes.
Tels sont l'esprit de l'unicité et ses dimensions constructivesbien vivantes. Que la Paix, la Miséricorde et lesBénédictions de Dieu soient sur vous.
NOTES
1. préislamique et, par extension,tout ce qui n'est pas islamique.
2. Monothéistes, adeptesde la religion d'Abraham.



