ومن خطبة له (عليه السلام) خطبها بصفين
Et parmi les sermons de lui (que la paix soit sur lui) qu'il prononça à Ṣiffīn
Chapitre
ومن خطبة له (عليه السلام) خطبها بصفين
Et parmi les sermons de lui (que la paix soit sur lui) qu'il prononça à Ṣiffīn
أَمَّا بَعْدُ، فَقَدْ جَعَلَ اللهُ لِي عَلَيْكُمْ حَقّاً بِوِلاَيَةِ أَمْرِكُمْ، وَلَكُمْ عَلَيَّ مِنَ الْحَقِّ مثْلُ الَّذِي لِي عَلَيْكُمْ، فَالْحَقُّ أَوْسَعُ الاْشْيَاءِ فِي التَّوَاصُفِ، وَأَضْيَقُهَا فِي التَّنَاصُفِ، لاَيَجْرِي لاِحَدٍ إِلاَّ جَرَى عَلَيْهِ، وَلاَ يَجْرِي عَلَيْهِ إِلاَّ جَرَى لَهُ وَلَوْ كَانَ لاِحَدٍ أَنْ يَجْرِيَ لَهُ وَلاَ يَجْرِيَ عَلَيْهِ، لَكَانَ ذلِكَ خَالِصاً لله سُبْحَانَهُ دُونَ خَلْقِهِ، لِقُدْرَتِهِ عَلَى عِبَادِهِ، وَلِعَدْلِهِ فِي كُلِّ مَا جَرَتْ عَلَيْهِ صُرُوفُ قَضَائِهِ، وَلكِنَّهُ جَعَلَ حَقَّهُ عَلَى الْعِبَادِ أَنْ يُطِيعُوهُ، وَجَعَلَ جَزَاءَهُمْ عَلَيْهِ مُضَاعَفَةَ الثَّوَابِ تَفَضُّلاً مِنْهُ، وَتَوَسُّعاً بِمَا هُوَ مِنَ الْمَزِيدِ أَهْلُهُ.
[حق الوالي وحق الرعية :] ثُمَّ جَعَلَ ـ سُبْحَانَهُ ـ مِنْ حُقُوقِهِ حُقُوقاً افْتَرَضَهَا لِبَعْضِ النَّاسِ عَلَى بَعْضٍ، فَجَعَلَهَا تَتَكَافَأُفِي وُجُوهِهَا، وَيُوجِبُ بَعْضُهَا بَعْضاً، وَلاَ يُسْتَوْجَبُ بعْضُهَا إِلاَّ بِبَعْضٍ. وَأَعْظَمُ مَا افْتَرَضَ ـ سُبْحَانَهُ ـ مِنْ تِلْكَ الْحُقُوقِ حَقُّ الْوَالِي عَلَى الرَّعِيَّةِ، وَحَقُّ الرَّعِيَّةِ، عَلَى الْوَالِي، فَرِيضةً فَرَضَهَا اللهُ ـ سُبْحَانَهُ ـ لِكُلٍّ عَلَى كُلٍّ، فَجَعَلَهَا نِظَاماً لِاُلْفَتِهِمْ، وَعِزّاً لِدِينِهِمْ، فَلَيْسَتْ تَصْلُحُ الرَّعِيَّةُ إِلاَّ بِصَلاَحِ الْوُلاَةِ، وَلاَ تَصْلُحُ الْوُلاَةُ إِلاَّ بِاسْتِقَامَةِ الرَّعِيَّةِ.
[Droit du gouverneur et droit des sujets :] Puis Il — gloire à Lui — a établi, parmi Ses droits, des droits qu'Il a rendus obligatoires pour certaines personnes envers d'autres. Il les a rendus équivalents dans leurs aspects, certains en entraînent d'autres, et certains ne sont exigibles que par d'autres. Et le plus grand de ces droits qu'Il — gloire à Lui — a rendus obligatoires est le droit du gouverneur sur les sujets, et le droit des sujets sur le gouverneur, comme une obligation qu'Allah — gloire à Lui — a imposée à chacun envers chacun. Il en a fait un ordre pour leur concorde et une force pour leur religion. Les sujets ne s'amendent que par la droiture des gouverneurs, et les gouverneurs ne s'amendent que par la rectitude des sujets.
فَإِذا أَدَّتِ الرَّعِيَّةُ إِلَى الْوَالِي حَقَّهُ، وَأَدَّى الْوَالِي إِلَيْهَا حَقَّهَا، عَزَّ الْحَقُّ بَيْنَهُمْ، وَقَامَتْ مَنَاهِجُ الدِّينِ، وَاعْتَدَلَتْ مَعَالِمُ الْعَدْلِ، وَجَرَتْ عَلَى أَذْلاَلِهَا السُّنَنُ. فَصَلَحَ بِذلِكَ الزَّمَانُ، وَطُمِعَ فِي بَقَاءِ الدَّوْلَةِ، وَيَئِسَتْ مَطَامِعُ الاْعْدَاءِ.
Lorsque les sujets s'acquittent du droit du gouverneur et que le gouverneur s'acquitte de leur droit envers eux, le droit (al-ḥaqq) est exalté parmi eux, les voies de la religion s'établissent, les signes de la justice s'équilibrent, et les coutumes (sunan) suivent leur cours naturel. Ainsi le temps s'améliore, on espère la pérennité de l'État, et les convoitises des ennemis s'évanouissent.
وَإِذَا غَلَبَتِ الرَّعِيَّةُ وَالِيَهَا، أَوْ أَجْحَفَ الْوَالِي بِرَعِيَّتِهِ اخْتَلَفَتْ هُنَالِكَ الْكَلِمَةُ، وَظَهَرَتْ مَعَالِمُ الْجَوْرِ، وَكَثُرَ الاْدْغَالُ فِي الدِّينِ، وَتُرِكَتْ مَحَاجُّ السُّنَنِ، فَعُمِلَ بِالْهَوَى، وَعُطِّلَتِ الاْحْكَامُ، وَكَثُرَتْ عِلَلُ النُّفُوسِ، فَلاَ يُسْتَوْحَشُ لِعَظِيمِ حَقٍّ عُطِّلَ، وَلاَ لِعَظِيمِ بَاطِلٍ فُعِلَ! فَهُنَالِكَ تَذِلُّ الاْبْرَارُ، وَتَعِزُّ الاْشْرَارُ، وَتَعْظُمُ تَبِعَاتُ اللهِ عِنْدَ الْعِبَادِ
Et lorsque la communauté (raʿiyya) prend le dessus sur son gouverneur (wālī), ou que le gouverneur opprime sa communauté, alors la parole se divise, les marques de l'injustice (jawr) apparaissent, les altérations (idghāl) se multiplient dans la religion, les voies claires des traditions (sunan) sont délaissées ; on agit selon la passion (hawā), les jugements (aḥkām) sont suspendus, et les maladies des âmes ('ilal an-nufūs) se multiplient. On ne s'effraie plus d'un grand droit (ḥaqq) abandonné, ni d'une grande fausseté (bāṭil) commise ! C'est alors que les pieux (abrār) sont humiliés, les malfaisants (ashrār) sont exaltés, et les lourdes responsabilités émanant de Dieu (tabiʿāt Allāh) pèsent gravement sur les serviteurs.
فَعَلَيْكُمْ بِالتَّنَاصُحِ فِي ذلِكَ، وَحُسْنِ التَّعَاوُنِ عَلَيْهِ، فَلَيْسَ أَحَدٌ ـ وَإنِ اشْتَدَّ عَلَى رِضَى اللهِ حِرْصُهُ، وَطَالَ فِي الْعَمَلِ اجْتِهَادُهُ ـ بِبَالِغٍ حَقِيقَةَ مَا اللهُ سُبْحَانَهُ أَهْلُهُ مِنَ الطَّاعَةِ لَهُ، وَلكِنْ مِنْ وَاجِبِ حُقُوقِ اللهِ عَلى العِبَادِ النَّصِيحَةُ بِمَبْلَغِ جُهْدِهِمْ، وَالتَّعَاوُنُ عَلَى إقَامَةِ الْحَقِّ بَيْنَهُمْ. وَلَيْسَ امْرُؤٌ ـ وَإنْ عَظُمَتْ فِي الْحَقِّ مَنْزِلَتُهُ، وَتَقَدَّمَتْ فِي الدِّينِ فَضِيلَتُهُ ـ بِفَوْقِ أَنْ يُعَانَ عَلَى مَا حَمَّلَهُ اللهُ مِنْ حَقِّهِ. وَلاَ امْرُؤٌ ـ وَإِنْ صَغَّرَتْهُ النُّفُوسُ، وَاقْتَحَمَتْهُ الْعُيُونُ ـ بِدُونِ أَنْ يُعِينَ عَلى ذلِكَ أَوْ يُعَانَ عَلَيْهِ.
Attachez-vous donc à la sincérité mutuelle (al-tanāṣuḥ) en cela, et à l’entraide bienveillante (ḥusn al-taʿāwun) pour y parvenir. Car nul — même si son zèle à obtenir l’agrément de Dieu est intense et si son effort dans l’action se prolonge — n’atteint la réalité de l’obéissance que Dieu, gloire à Lui, mérite. Mais parmi les droits obligatoires de Dieu envers Ses serviteurs figurent la sincérité (al-naṣīḥa) dans la mesure de leurs efforts, et l’entraide pour établir la vérité (al-ḥaqq) entre eux. Et nul homme — même si sa position dans la vérité est grande et sa vertu dans la religion éminente — n’est au-dessus d’être assisté dans ce dont Dieu l’a chargé comme droit. Et nul homme — même si les âmes le rapetissent et que les regards le méprisent — n’est en deçà d’aider autrui à cela ou d’être aidé en cela.
فأجابه (عليه السلام) رجل من أصحابه بكلام طويل، يكثر فيه الثناء عليه، ويذكر سمعه وطاعته فقال (عليه السلام):
Un homme parmi ses compagnons lui répondit (que la paix soit sur lui) par un long discours, multipliant en lui les éloges à son sujet et évoquant son ouïe et son obéissance. Alors il dit (que la paix soit sur lui) :
إِنَّ مِنْ حَقِّ مَنْ عَظُمَ جَلاَلُ اللهِ فِي نَفْسِهِ، وَجَلَّ مَوْضِعُهُ مِنْ قَلْبِهِ، أَنْ يَصْغُرَ عِنْدَهُ ـ لِعِظَمِ ذلِكَ ـ كُلُّ مَا سِوَاهُ، وَإِنَّ أَحَقَّ مَنْ كَانَ كَذلِكَ لَمَنْ عَظُمَتْ نِعْمَةُ اللهِ عَلَيْهِ، وَلَطُفَ إِحْسَانُهُ إِلَيْهِ، فَإِنَّهُ لَمْ تَعْظُمْ نِعْمَةُ اللهِ عَلَى أَحَدٍ إِلاَّ ازْدَادَ حَقُّ اللهِ عَلَيْهِ عِظَماً، وَإِنَّ مِنْ أَسْخَفِ حَالاَتِ الْوُلاَةِ عِنْدَ صَالِحِ النَّاسِ، أَنْ يُظَنَّ بِهِمْ حُبُّ الْفَخْرِ، وَيُوضَعَ أَمْرُهُمْ عَلَى الْكِبْرِ،
Il est du droit de celui envers qui la majesté de Dieu est grande en son âme et dont la place dans son cœur est élevée, que toute chose autre que Lui devienne petite à ses yeux — en raison de cette grandeur. Et le plus digne d'être ainsi est celui pour qui la grâce de Dieu est grande et dont la bienfaisance de Dieu est prodigue. Car la grâce de Dieu envers quelqu'un ne s'accroît qu'avec l'accroissement du droit de Dieu sur lui. Et l'un des états les plus vils des gouverneurs (walāt) aux yeux des gens vertueux est que l'on présume en eux l'amour de la gloire et que l'on interprète leur conduite comme de l'orgueil.
وَقَدْ كَرِهْتُ أَنْ يَكُونَ جَالَ فِي ظَنِّكُمْ أَنِّي أُحِبُّ الاْطْرَاءَ، وَاسْتِماعَ الثَّنَاءِ، وَلَسْتُ ـ بِحَمْدِ اللهِ ـ كَذلِكَ، وَلَوْ كُنْتُ أُحِبُّ أَنْ يُقَالَ ذلِكَ لَتَرَكْتُهُ انْحِطَاطاً لله سُبْحَانَهُ عَنْ تَنَاوُلِ مَا هُوَ أَحَقُّ بِهِ مِنَ الْعَظَمَةِ وَالْكِبْرِيَاءِ. وَرُبَّمَا اسْتَحْلَى النَّاسُ الثَّنَاءَ بَعْدَ الْبَلاَءِ فَلاَ تُثْنُوا عَلَيَّ بِجَمِيلِ ثَنَاءٍ، لاِخْرَاجِي نَفْسِي إِلَى اللهِ وَ إِلَيْكُمْ مِنَ التَّقِيَّةِ فِي حُقُوقٍ لَمْ أَفْرُغْ مِنْ أَدَائِهَا، وَفَرَائِضَ لاَ بُدَّ مِنْ إِمْضائِهَا فَلاَ تُكَلِّمُونِي بَمَا تُكَلَّمُ بِهِ الْجَبَابِرَةُ، وَلاَ تَتَحَفَّظُوا مِنِّي بِمَا يُتَحَفَّظُ بِهِ عِنْدَ أَهْلِ الْبَادِرَةِ وَلاَ تُخَالِطُونِي بالْمُصَانَعَةِ وَلاَ تَظُنّوا بِيَ اسْتِثْقَالاً فِي حَقٍّ قِيلَ لِي، وَلاَ الْتمَاسَ إِعْظَامٍ لِنَفْسِي، فَإِنَّهُ مَنِ اسْتَثْقَلَ الْحَقَّ أَنْ يُقَالَ لَهُ أَوْ الْعَدْلَ أَنْ يُعْرَضَ عَلَيْهِ، كَانَ الْعَمَلُ بِهِمَا أَثْقَلَ عَلَيْهِ.
فَلاَ تَكُفُّوا عَنْ مَقَالةٍ بِحَقٍّ، أَوْ مَشُورَةٍ بِعَدْلٍ، فَإِنِّي لَسْتُ فِي نَفْسِي بِفَوْقِ أَنْ أُخْطِىءَ، وَلاَ آمَنُ ذلِكَ مِنْ فِعْلِي، إِلاَّ أَنْ يَكْفِيَ اللهُ مِنْ نَفْسِي مَا هُوَ أَمْلَكُ بِهِ مِنِّي فَإنَّمَا أَنَا وَأَنْتُمْ عَبِيدٌ مَمْلُوكُونَ لِرَبٍّ لاَ رَبَّ غَيْرُهُ، يَمْلِكُ مِنَّا مَا لاَ نَمْلِكُ مِنْ أَنْفُسِنَا، وَأَخْرَجَنَا مِمَّا كُنَّا فِيهِ إِلَى مَا صَلَحْنَا عَلَيْهِ، فَأَبْدَلَنَا بَعْدَ الضَّلاَلَةِ بِالْهُدَى، وَأَعْطَانَا الْبصِيرَةَ بَعْدَ الْعَمَى.
Ne vous retenez donc pas de prononcer une parole de vérité, ni d’émettre un conseil équitable. Car je ne me considère pas, en moi-même, comme étant au-dessus de l’erreur, et je ne suis pas à l’abri de cela dans mon action — à moins que Dieu ne me préserve de moi-même de ce dont Il est plus Maître que moi. En vérité, moi et vous, nous sommes tous des servateurs assujettis à un Seigneur qui n’a point d’autre seigneur que Lui, Il dispose de nous de ce dont nous ne disposons pas de nous-mêmes. Il nous a fait sortir de l’état où nous étions pour nous conduire à ce qui est notre bien, Il nous a donnés, après l’égarement, la guidée, et nous a accordés la clairvoyance après l’aveuglement.
Ceci dit : Certes, Dieu m’a conféré sur vous un droit par l’autorité spirituelle (wilāya) que j’exerce sur vos affaires, et vous avez sur moi un droit semblable à celui que j’ai sur vous. Or le droit (al-ḥaqq) est, dans sa description théorique, la plus vaste des choses, mais, dans l’équité réciproque, la plus étroite. Il ne s’exerce en faveur de personne sans s’exercer aussi contre lui, et il ne s’exerce contre personne sans s’exercer aussi en sa faveur. Si quelqu’un pouvait bénéficier du droit sans qu’il ne s’exerce contre lui, cela serait exclusivement réservé à Dieu – gloire à Lui – à l’exclusion de Ses créatures, en raison de Sa puissance sur Ses serviteurs et de Sa justice dans tout ce que les vicissitudes de Son décret font peser sur eux. Mais Il a établi que Son droit sur les serviteurs est de Lui obéir, et Il a établi que leur récompense de Sa part est le doublement de la rétribution, par pure faveur de Sa part et par largesse, Lui qui est digne d’accorder davantage.
Et j'aurais répugné qu'il se fût glissé dans votre pensée que j'aime les flatteries et l'écoute des louanges. Par la grâce de Dieu, je n'en suis point ainsi. Quand bien même j'aimerais que l'on dise cela, je l'aurais délaissé par abaissement devant Dieu — gloire à Lui — pour ne pas toucher à ce dont Il est plus digne : la Grandeur et la Majesté. Il se peut que les gens trouvent douces les louanges après l'épreuve ; ne me louez donc pas par de belles paroles, parce que je me suis dégagé, envers Dieu et envers vous, de la dissimulation prudente (taqiyya) concernant des droits que je n'ai pas encore acquittés et des obligations que je dois absolument remplir. Ne me parlez pas comme on parle aux tyrans, ne vous méfiez pas de moi comme on se méfie des hommes emportés, n'usez pas avec moi de flatterie hypocrite, et ne pensez pas que je pèse lourdement lorsqu'un droit m'est énoncé, ni que je recherche la glorification de ma personne. Car celui qui regarde le droit comme trop pesant à se faire dire, ou la justice comme trop lourde à se voir proposer, trouvera plus pesant encore de les mettre en pratique.