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Les options iraniennes en cas d’attaques asymétriques (partie 2).

Sasori

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Salam alékoum,

Les multiples alternatives iraniennes en cas de guerre majeure et durable contre les États-Unis et Israël

Voyons maintenant ce qui pourrait arriver en cas de guerre majeure et soutenue des États-Unis contre l’Iran.

Les missiles à longue portée: L’Iran aurait d’autres alternatives à la fermeture des lignes maritimes du golfe Persique, au choix des stratèges iraniens. La plus évidente serait d’attaquer activement les forces américaines basées dans les pays voisins en utilisant des missiles. L’Iran a beaucoup de missiles qui peuvent toucher une série de cibles, comme la Zone verte [à Bagdad, NdT], les installations et les forces américaines au Koweït ou en Arabie saoudite, en Turquie, ou n’importe où dans la péninsule arabique. Par exemple, l’un des missiles iraniens ayant la plus longue portée (environ 2 100 km), le Shahab-3, peut atteindre n’importe quel pays du Moyen-Orient, avec une précision allant de 2 000 mètres à 30 mètres (selon la version). Cela suffit pour frapper et détruire précisément même une cible bien protégée. Il ne s’agit certainement pas d’un genre de missile « Scud » à longue portée, comme ceux lancés par l’Irak contre Israël lors de la première guerre du Golfe. Selon certains rapports, ces missiles ont même des buses de direction sur leur véhicule de rentrée, qui les rendent capables de manœuvres évasives interdisant l’interception par des systèmes de défense aérienne du genre Patriot. Compte tenu de l’inutilité totale des missiles Patriot utilisés dans la première guerre du Golfe, cette capacité des Shahab-3 pourrait ressembler à du surarmement. Cependant, les Patriots ont été substantiellement améliorés depuis 1991 et sont probablement plus performants de nos jours.

Les missiles de portée plus courte : Pour frapper les forces américaines, l’Iran n’aurait même pas besoin d’utiliser de tels missiles avancés. Des missiles à plus courte portée pourraient être utilisés pour attaquer les forces américaines dans le centre de l’Irak et Bagdad, et même l’artillerie pourrait être utilisée pour engager les forces américaines dans la région de Bassora. En outre, les forces terrestres iraniennes pourraient passer la frontière et engager directement les forces américaines dans le sud de l’Irak. Il ne fait aucun doute qu’une telle opération serait confrontée à une véritable tempête de feu de la part des forces du CENTCOM basées dans la région et qu’il y aurait des pertes énormes parmi les forces iraniennes. La question n’est pas la riposte elle même, mais plutôt si le CENTCOM peut rassembler suffisamment de puissance de feu pour refuser une telle option à l’Iran. Le fait d’infliger de lourdes pertes aux forces iraniennes pourrait nourrir un sentiment de puissance, mais ne suffirait pas à empêcher la chute de Bassora et si les Pasdaran prenaient position à Bassora (avec l’aide des milices chiites locales), les lignes de ravitaillement américaines seraient gravement compromises et la panique s’emparerait du haut commandement impérial.

La lutte à l’intérieur du chien : L’histoire est remplie d’exemples d’opérations militaires qui ont été jugées « impossibles », jusqu’au moment où elles ont été exécutées avec succès par un ennemi imprévisible. Comme le disent les États-uniens : « Ce n’est pas la taille du chien dans la lutte, c’est la taille de la lutte àl’intérieur du chien » qui détermine le résultat du combat. Rappelons ici qu’en 1991, les États-Unis ont parachuté le 82e bataillon aéroporté en Arabie saoudite, sans aucune option de soutien en cas d’attaque blindée irakienne traversant la frontière saoudienne, à part l’utilisation d’armes nucléaires tactiques. Quelle serait la réponse de Washington, en cas d’attaque iranienne contre les forces américaines de l’autre côté de la frontière? Et si une telle attaque est soutenue par de lourdes attaques de missiles contre, disons, des cibles américaines au Koweït et à Bagdad? Encore une fois, nous allons examiner l’option nucléaire plus tard, mais nous devrions garder ces choses à l’esprit, quand nous considérons chaque alternative.

Options étrangères pour l’Iran: Une autre option iranienne qui n’a jamais été sérieusement envisagée serait de déclencher une crise majeure ailleurs, et je ne parle pas d’une « attaque terroriste iranienne » sur Disneyland ou tout autre scénario imaginé par le Département à la Sécurité intérieure. Je parle du Pakistan, le pays qui a déjà des armes nucléaires et dont le chef, le général Musharraf, a déjà été la cible d’au moins une douzaine d’attentats. Tout ce que l’Iran aurait à faire, pour déclencher une véritable panique dans le haut commandement impérial, serait soit de tuer soit de renverser Musharraf. Bien que l’on ne sache pas si l’Iran en a les moyens, il ne fait guère de doute que les forces spéciales iraniennes, qui sont considérées comme parmi les meilleures au monde, pourraient le faire. En fait, les forces armées pakistanaises, extrêmement anti-occidentales, le tout-puissant service de renseignement (ISI) et les diverses milices salafistes du Pakistan pourraient même finalement réussir à tuer Musharraf sans aucune aide iranienne. Ce qui est certain, c’est que quiconque succéderait à Musharraf prendrait une position anti-américaine extrêmement virulente et que la guerre contre les talibans deviendrait immédiatement une catastrophe, avec l’OTAN en Afghanistan et les forces américaines qui devraient mener encore une autre guerre, contre le Pakistan et les différents groupes salafistes du pays.

Le théâtre saoudien: L’Iran pourrait aussi tenter de déclencher une insurrection au sein de l’Arabie saoudite, dont les forces armées surpayées sont totalement ineptes et dont la seule véritable force de combat, la Garde nationale, est entièrement consacrée à la protection du régime. En cas de guerre avec l’Iran, l’Arabie saoudite dépendrait totalement des États-Unis pour sa défense nationale. Il se trouve que les principales cibles pétrochimiques saoudiennes sont situées dans le nord de l’Arabie saoudite, très proche de l’Iran – une zone où la population est principalement composée de chiites musulmans, qui ont été brutalement opprimés par le régime saoudien wahhabite pendant des décennies.

Le théâtre afghan : Un autre endroit où l’Iran pourrait créer une crise est l’Afghanistan où la principale force politique et militaire, outre les Talibans, est l’Alliance du Nord. L’Alliance du Nord a des liens très étroits avec l’Iran. À l’heure actuelle, la marionnette impériale, Hamid Karzaï, a si peu de pouvoir en Afghanistan, qu’il est surnommé « le maire de Kaboul », où il est protégé par l’OTAN et les forces spéciales américaines. La seule véritable base de pouvoir de Karzaï est l’Alliance du Nord qui, bien qu’elle soit composée de Tadjiks, d’Ouzbeks et de Hazaras, tolère ce « président » pachtoune habillé par Yves St-Laurent, juste pour apaiser Washington. Cela peut changer du jour au lendemain.

Les Iraniens pourraient même corrompre, cajoler et forcer les Pachtounes et l’Alliance du Nord à trouver un modus vivendi pour que l’OTAN soit chassée de Kaboul. L’Afghanistan a une longue histoire d’alliances changeantes et de dirigeants corrompus, et puisque tout le monde ici déteste l’Empire (cela inclut les dirigeants de l’Alliance du Nord qui sont beaucoup plus proches de Téhéran et de Moscou que de Washington), une sorte d’accord pourrait être relativement facile à trouver. Vous pouvez compter sur les Iraniens pour savoir quelles ficelles tirer.

Tout cela montre simplement que toute agression américaine contre l’Iran pourrait avoir des conséquences imprévues, qu’il est très difficile de prévoir. Par son incompétence incomparable, l’Empire néoconservateur a réussi à éliminer tous les principaux obstacles à l’hégémonie iranienne au Moyen-Orient : Saddam Hussein (évincé!), les talibans (évincés!) et les forces américaines du CENTCOM, maintenant coincées et vulnérables en Irak et dans le reste de la région. Il n’est pas étonnant qu’après avoir mis tous les avantages du côté de Téhéran, l’Empire n’ait plus aucune option militaire viable contre l’Iran. Ce qui soulève la question de l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran.

Une attaque nucléaire contre l’Iran

Quels seraient les avantages de l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran?

Considérons deux situations :

– L’utilisation de munitions nucléaires par Israël

– L’utilisation de telles munitions par les États-Unis (aucun autre pays n’envisagerait une telle folie de toute façon, pas même la Grande-Bretagne).

Une attaque nucléaire israélienne

Pour le gouvernement israélien, une attaque nucléaire sur l’Iran aurait de nombreux aspects positifs.

Une attaque nucléaire d’Israël :

  • N’impliquerait pas les forces américaines déjà surchargées (du moins pas officiellement);
  • Fournirait à l’administration Olmert la « victoire » tant nécessaire;
  • Servirait de démonstration de force et de résolution de la part des militaires israéliens humiliés et
  • Pourrait alimenter la croyance, chèrement entretenue par de nombreux Israéliens, que « les Arabes ne comprennent que la force » (même si les Iraniens sont des Persans, pas des Arabes).
Le prix politique d’une telle agression serait vraiment minime pour Israël.

Israël est déjà le pays le plus détesté sur la planète, et le seul pays dont l’opinion publique est importante pour les dirigeants israéliens serait les États-Unis, où les mantras « Holocauste », « nouvel Hitler » et « menace existentielle » vont rallier l’ensemble des médias américains et du Congrès. Le public américain pourrait ne pas être pleinement convaincu cette fois-ci, mais comme les néocons ont une emprise sur les deux partis politiques, le public aurait peu à dire à ce sujet.

Le principal problème pour Israël est qu’il ne peut exécuter qu’une frappe nucléaire très limitée qui, même si elle détruit quelques installations iraniennes profondément enfouies ou tue certains dirigeants iraniens, ne parviendra pas vraiment à accomplir quelque chose de significatif au-delà du court terme. Si horrible que cela puisse paraître, une attaque nucléaire israélienne contre l’Iran serait probablement le résultat d’un mélange de psychothérapie pour ses dirigeants sans espoir et d’une campagne de relations publiques pour la population israélienne confuse et frustrée. Je doute vraiment que les commandants militaires israéliens acceptent cela, même si la direction politique le demandait.

Une frappe nucléaire étasunienne

Une attaque nucléaire par les États-Unis serait d’une nature totalement différente. D’une part, cela pourrait faire partie d’une stratégie militaire globale visant à détruire des cibles très protégées (les dirigeants, le nucléaire ou autre). Bien sûr, personne à la Maison Blanche ne croit vraiment que l’Iran développe des armes nucléaires sous le nez des inspecteurs de l’AIEA – ce genre de non-sens n’est que pour la consommation publique. Cependant, détruire des objectifs nucléaires civils de grande valeur pourrait très bien faire partie d’une campagne visant à renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre » (pour utiliser la menace de James Baker contre Tarek Aziz en 1991). Par contre, je pense que les néocons sont totalement capables de croire que l’utilisation d’armes nucléaires pourrait soumettre les Iraniens. Ils pensent au moins que l’utilisation des armes nucléaires servirait de « signe ferme montrant notre résolution aux mollahs iraniens ». Même si cette logique est visiblement tordue, les néocons ont démontré à maintes reprises leur capacité à nier l’évidence (aller se fourvoyer en Irak sera probablement consigné dans les livres d’Histoire comme la pire décision de politique étrangère de l’histoire américaine).

Contrairement à Israël, les États-Unis ne sont pas la nation la plus détestée sur terre (ils ne détiennent que la deuxième position). Néanmoins, les néoconservateurs prendraient un risque politique énorme à utiliser des armes nucléaires contre l’Iran. Alors que je prédis personnellement une réponse européenne plutôt maladroite à une agression américaine contre l’Iran, l’opinion publique européenne réagirait, je crois, avec un tel degré d’indignation à une attaque nucléaire non provoquée contre toute nation sur terre, que les dirigeants de l’UE auraient à réagir fortement ou à se retrouver pris dans une crise politique massive. Il en va de même pour l’Asie et l’Amérique du Sud, où une attaque nucléaire américaine sur l’Iran déclencherait une réaction politique en chaîne, qui porterait gravement atteinte aux intérêts américains. Autrement dit, si Israël peut compter sur les États-Unis pour le protéger contre toute crise politique, qui protégera les États-Unis ?

Bien que je pense qu’une attaque nucléaire américaine contre l’Iran soit une possibilité, je suis convaincu qu’une telle attaque entraînerait également un effondrement politique général, économique et même militaire de l’Empire néoconservateur. Actuellement, alors que la plus grande partie du monde déteste les États-Unis, cette haine est principalement dirigée contre la personne de Bush et son administration. Si les États-Unis deviennent les premiers à utiliser les armes nucléaires dans une guerre, l’ensemble des États-Unis, en tant que nation, prendrait le statut de paria dans le monde entier et cela porterait fatalement atteinte à ses propres intérêts politiques et économiques vitaux.

Il est à noter qu’une attaque nucléaire américaine contre l’Iran ne porterait nullement atteinte ni n’affaiblirait la direction politique iranienne, au contraire, elle unifierait probablement tous les Iraniens en un bloc redoutable et enragé, qui mènerait une guerre totale contre les intérêts impériaux dans tout le Moyen-Orient. Dans une telle situation, une attaque massive du Hezbollah contre Israël serait pratiquement certaine.

Conclusions

En conclusion, nous avons vu que l’Iran n’aurait pas à faire quelque chose de très actif pour faire payer à l’Empire son attaque courte et limitée. Résister à l’attaque et laisser les néocons payer le prix politique de leur folie serait la réponse iranienne la plus probable. Dans le cas d’une guerre impériale majeure à long terme contre l’Iran, les Iraniens auraient une large variété d’options « asymétriques », aucune d’entre elles n’impliquant la fermeture du détroit d’Ormuz ou la chasse aux porte-avions américains dans le golfe Persique.

Dans n’importe quel scénario, le temps serait toujours du côté iranien, tandis que l’Empire serait très rapidement à court d’options pour essayer de forcer un résultat acceptable.

Cette absence de « stratégie de sortie » viable obligerait rapidement le Haut Commandement impérial à envisager l’utilisation d’armes nucléaires pour éviter de s’embourber dans une situation qui s’aggrave rapidement. Toute utilisation réelle d’armes nucléaires entraînerait un effondrement général de tout l’empire néoconservateur, d’une ampleur similaire à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. En d’autres termes, il n’existe pas de stratégies gagnantes possibles pour une agression impériale contre l’Iran.

Source : https://lesakerfrancophone.fr/les-options-iraniennes-en-cas-dattaques-asymetriques

Barak Allahou fikoum.
 
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