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La conception du gouvernement islamique dans Nahj Al-Balaghah

Découvrez comment l'Imam Ali (a.s), en seulement cinq ans de califat, a posé les bases d'un gouvernement islamique juste face aux dérives omeyyades. Une pensée politique intemporelle plus que jamais nécessaire.

La conception du gouvernement islamique dans Nahj Al-Balaghah

Le gouvernement islamique dans la pensée de l’Imam Ali (a.s)

L’une des périodes les plus sensibles de la vie de l’Imam Ali (a.s) est celle de son court califat, qui dura à peine cinq ans. Du fait des incertitudes et des troubles, elle fut cependant riche et permit à l’Imam de s’exprimer à propos de la direction et du pouvoir politique, de la prise de décisions, des positions adoptées envers l’ami ou l’ennemi, et de la manière de faire face aux courants omeyyades déviés et futiles.

La véritable confrontation et l’adoption d’une position précise concernant les complexes situations sociales d’aujourd’hui ne peuvent être dirigées sans la connaissance des fondements de la politique islamique. Parce que notre monde actuel gémit sous l’oppression et l’injustice, qu’il est plongé dans les abîmes du matérialisme, il a soif de valeurs islamiques élevées. Il nous semble donc utile d’exposer ces valeurs en les plaçant dans leur cadre approprié, ce qui constitue une ouverture d’espoir pour l’humanité et lui offre une nouvelle thèse qui dévoile le cœur du matérialisme.

Nous exposons plusieurs passages de Nahj al-Balaghah pour montrer la nécessité de prendre soin du système de gouvernement, et pour également connaître les principes de la politique islamique telle qu’elle fut menée par l’Imam Ali b. Abi Talib (a.s) :

« Il y a dans le pouvoir d’Allah une immunité pour vous. Apportez-lui votre obéissance, elle ne vous sera pas reprochée ni rejetée. Par Allah, faites-le sinon Allah vous ôtera le pouvoir de l’Islam, puis Il ne vous le transmettra plus jusqu’à le donner à d’autres que vous. »

Il fut déclaré lors de sa sortie pour la bataille du Chameau, suite à la sédition de ceux qui ont violé le pacte et leurs troubles contre le gouvernement légal. Il y indique les points suivants :

  • Le gouvernement islamique est le pouvoir de l’Islam et d’Allah, ce n’est pas un gouvernement de l’individu, du groupe, du parti ou de la classe. L’exécution des jugements divins et des lois islamiques se réalise par le biais de la direction de l’Imam.
  • La permanence du gouvernement islamique nécessite son acceptation par les gens qui doivent le soutenir. Leur rôle est vital dans ce domaine et ils ne doivent pas en être avares.
  • Le gouvernement islamique n’est pas celui de l’épée, du sabre, de la poigne de fer ou du feu, ni un gouvernement policier : l’essentiel est qu’il soit accepté par les gens, qui lui prêtent assistance et obéissance en toute bonne volonté et toute aspiration, car il s’adresse d’abord aux cœurs. Ni la peur, ni la force ou la puissance ne peuvent y avoir de place.
  • La continuité d’un tel gouvernement dépend de la nation libre et de ses aspirations, ce qui contribue au maintien d’un système social heureux et sain, mais lorsque le peuple n’est plus en harmonie avec la direction, celle-ci tombe entre les mains de gens incapables, entraînant l’égarement et la déviation.

La justice et la générosité

Il fut demandé à l’Imam Ali (a.s) : Laquelle est meilleure, la justice ou la générosité ? Il répond :

« La justice situe les choses à leur place, la générosité les sort de leur direction ; la justice est un règlement général, la générosité un fait particulier ; la justice est plus noble, elle est meilleure. »

I. Deux visions politiques

« Par Allah, Mu'awiya n'est pas plus habile que moi, mais il trompe et ment ; si ce n'était la haine de l'imposture, j'aurais été le plus habile parmi les gens ; mais toute perfidie est mensonge, et tout mensonge est péché ; tout homme perfide porte un étendard qui sera connu le jour de la Résurrection. Par Allah, je ne peux être pris au dépourvu par une intrigue ni affaibli par une épreuve difficile. »

Dans cette maxime, l'Imam (a.s) montre le fondement de la politique islamique qui doit être celle des dirigeants divins. Beaucoup pensent que la politique signifie l'imposture, la trahison des pactes, le mensonge et la falsification. Mais pour les dirigeants divins, elle est synonyme de véracité et de fidélité ; elle doit être exécutée avec capacité, noblesse et mesure. Si certains font tout pour arriver à leurs buts, usant de toutes sortes d'intrigues et de complots diaboliques, pour conserver leurs postes et leurs prérogatives, il est naturel que les dirigeants divins s'éloignent et se détournent même de ces vils moyens.

L'Imam Ali (a.s) dit : la raison qui permit à Mu'awiya d'influer sur les gens et d'arriver à ses buts ne s'explique pas par sa science ou sa raison, mais parce que l'Imam n'est pas intéressé à arriver au but par n'importe quel moyen.

La différence essentielle entre ces deux visions politiques est que l'une respecte les principes et les valeurs islamiques et humains, alors que l'autre ne le fait pas ; elle tient pour essentiel le moyen de parvenir au but, la justice ne signifie que l'exécution de sa propre autorité pour maintenir et élargir sa puissance.

Il est évident que l'éloignement des dirigeants justes de la perfidie et de la trahison des pactes ne signifie pas qu'ils ignorent ces méthodes indignes ou qu'ils en sont incapables matériellement, ou qu'ils sont trop naïfs ou inattentifs, mais ils prennent leurs décisions en toute capacité, mesure, courage et rigueur pour affronter leurs ennemis et faire face aux difficultés qui en résultent. Ils assument la politique divine en respectant les principes et les nobles valeurs, se basant sur les limites fixées par Allah le Tout-Puissant et les jugements légaux, car elle est une charge et une responsabilité.

II. Le gouvernement et le wali dans l'islam

Cette comparaison entre la justice et la générosité, l'attention de l'Imam pour toutes les dimensions de la justice globale, son intérêt pour la valeur de la justice sociale, indiquent la vision globale et pénétrante de l'Imam Ali (a.s) relative au gouvernement islamique et à ses implications populaires. La justice est une politique générale qui englobe l'ensemble de la population, alors que la générosité est un acte particulier qui ne sert qu'un individu ou un groupe déterminé. Le système de la direction doit, par conséquent, se baser sur la justice.

La légitimité du gouverneur dans le système islamique

Le gouverneur, dans le système islamique, tire sa légitimité d’Allah et de la religion. Ce sont les motivations et la satisfaction divines qui l’incitent à l’action. La manière dont il assume sa responsabilité est jugée d’après la voie divine qu’il suit, et il n’y a nul intérêt pour l’opinion ou le choix des gens, car l’essentiel est de préserver les valeurs et les règles légales. L’opinion des gens ne peut être légiférée, pas plus d’ailleurs que d’autres facteurs.

Le gouverneur doit protéger les intérêts de l’Islam et des Musulmans, et non les intérêts individuels ou collectifs. Les tendances et les orientations doivent être divines. Toutes les activités, et notamment celles de la prédication, doivent être basées sur ce principe.

Nature du gouvernement islamique

Le gouvernement, dans le système islamique, n’est pas élu. Il n’est ni absolu, ni tyran. Son pouvoir lui a été confié, il a la responsabilité de préserver et de garder la parole divine. Il protège les droits divins et ceux des humains.

Dans les systèmes non-divins, la tyrannie individuelle, collective ou partisane, ainsi que les tendances et les orientations — et non la piété et l’obligation — décident du sort des gens. Le gouverneur dans ces systèmes humains gouverne selon ses tendances et opinions propres. La démocratie n’est pas basée sur la reconnaissance de la direction divine, elle n’est que tromperie et égarement.

Dans le système islamique, le juriste et wali, en exécutant le pouvoir, le fait sur la base de l’Islam et des intérêts de la nation islamique, et non en fonction des orientations humaines personnelles. Le gouverneur est, de ce fait, d’obédience divine. Il applique la justice et l’Islam. Sa jurisprudence et sa science dévoilent la volonté divine relative à la justice et à l’équité.

a. La science du gouverneur

Il nous faut indiquer que le terme « science », même s’il est aujourd’hui appliqué au savoir matérialiste et expérimental, peut également l’être aux sciences exactes et philosophiques, mais aussi aux sciences religieuses. Cependant, dans le Coran, dans Nahj al-Balagh et dans d’autres ouvrages islamiques, ce terme concerne les sciences religieuses, et d’une manière générale, le savoir en tant que tel.

Quant au terme Fiqh, il a deux sens : d’une manière générale, il indique l’acquisition de la religion et de la science. Son sens particulier se limite à la connaissance des jugements légaux, l’ijtihad et la déduction.

Pour l’Imam Ali (a.s), ce qui permet à l’individu d’accéder à la direction islamique est sa profonde compréhension de l’Islam et sa capacité à l’appliquer.

« Ô vous les gens ! Le plus digne de cette question est celui qui est le plus apte à l’exercer et le plus versé dans les ordres de Dieu en ce domaine. Ne portent cet étendard que les gens clairvoyants, patients, endurants et connaissant le droit chemin… Parachevant la grâce d’Allah sur vous, Il a fait retenir de Son Livre. »

L’Imam (a.s) a mentionné ici quelques traits essentiels de la direction islamique :

  • Deux conditions : la science et la capacité.
  • Trois caractéristiques : le discernement en religion, savoir où se trouve le vrai, et la patience.

b. Tâche des dirigeants justes : enseigner et éduquer les gens

« … Vous enseigner pour que vous ne soyez pas ignorants, vous éduquer pour que vous n’agissiez pas mal. »

Les tâches de l’Imam et du dirigeant

Les tâches de l’Imam et du dirigeant sont d’enseigner le Livre, la Sunna, les connaissances divines, les jugements et l’éthique islamiques. L’Imam a un rôle d’enseignant responsable ; il est modèle et exemple. Il représente les mérites du principe du vrai ; il doit guider la société, en paroles et en actes, vers les enseignements de l’Islam, de ses sciences et connaissances. Il conduit l’humanité à Allah en suivant Sa loi.

Il doit être un juriste équitable. S’il s’avère incapable d’assumer son rôle ou ne répond pas aux critères requis, il est légalement écarté.

La nature du gouvernement islamique

Le gouvernement islamique n’est pas un gouvernement individuel, ni même collectif, mais c’est le gouvernement d’Allah sur les gens, représenté par celui qui obéit aux ordres divins, qui les exécute et les préserve. Il n’est pas tyrannique et dictatorial, il n’est pas non plus le pouvoir censitaire des nobles et des seigneurs, ni une république au sens courant, où sévit ou non l’opinion des gens, mais l’essentiel est l’acceptation de la guidance divine, Sa direction et l’obéissance à Ses lois. Il s’agit là de la plus grande assurance pour protéger les droits humains dans le système islamique. Les opinions, les élections, les partis et organisations doivent s’appuyer sur ces principes. Ils doivent chercher à exécuter les idées et les ordres du wali, issus du fondement de l’Islam.

L’avertissement de l’Imam Ali contre les gouverneurs tyrans

L’Imam Ali (a.s) met en garde, dans Nahj al-Balaghah, contre le danger représenté par les gouverneurs tyrans et impies, afin d’éviter qu’ils ne changent le sort de l’Islam et des Musulmans, conduisant ces derniers à la déchéance et à la déviation, ou qu’ils ne détruisent l’Islam au nom de l’Islam. Le danger qu’ils représentent est le plus menaçant, comme en témoigne l’histoire sanglante et pleine de détresse de l’Islam du fait du gouvernement de ces insolents et effrontés. Il dit (a.s) :

« Mais je m’attriste à l’idée que les insolents et les débauchés de cette nation soient ses maîtres, ils utilisent la fortune d’Allah pour leur puissance, Ses serviteurs pour esclaves, ils prennent les justes pour ennemis et les pervers pour partisans. »

Il regrette avec tristesse que le pouvoir des Musulmans tombe entre les mains de ces gens, qui réservent la fortune des Musulmans pour leurs propres intérêts, lorsque les serviteurs d’Allah deviennent leurs esclaves et qu’ils combattent les juristes en se servant des pervers.

Or, Ali (a.s) est entré sur la scène politique pour revivifier la religion d’Allah et la préserver, pour revivifier la parole de l’Unicité en rassemblant la parole et en se référant à la Sunna du Prophète : il ne craignit pas, pour cela, de lutter jusqu’au martyre.

Les deux sortes de direction

Dans sa lettre adressée aux gens d’Égypte et à Mohammad b. Abi Bakr, après avoir renouvelé ses recommandations concernant la justice et l’égalité, l’humilité et l’affection, la bonté et la protection du droit des gens, il distingue deux sortes de direction : celle de la guidance et du vrai, et celle de la perdition, entre le wali du Messager d’Allah et l’ennemi du Messager d’Allah, disant :

« On ne saurait comparer un dirigeant éclairé à un dirigeant pervers, le partisan du Prophète à l’ennemi du Prophète. Le Prophète (SAW) m’avait dit : " Je ne crains pour ma nation ni un croyant ni un polythéiste. Le croyant, Dieu le protégera par sa propre foi, quant au polythéiste, il sera puni par son polythéisme. Mais je crains pour vous tout hypocrite expert en paroles, qui proclame ce que vous savez, et qui exécute ce que vous détestez. " »

Ce qu’a prédit le Messager d’Allah

Le danger contre lequel il a mis en garde s’est réalisé. L’Islam fut plus atteint par les hypocrites que par ses ennemis.

Le gouvernement dans la culture de l’Imam

Le gouvernement, dans la culture de l’Imam (a.s), signifie dévouement, adoration et responsabilité. La parole du gouverneur islamique s’accorde à son acte, pour soutenir les serviteurs d’Allah. Le gouverneur doit s’éloigner du mensonge et de la tyrannie, il ne peut être insouciant et se démarquer des gens, il doit éviter la dictature et l’orgueil. Il doit s’appuyer sur la piété, car le but de son gouvernement consiste à préparer les conditions pour l’adoration d’Allah sur terre. Le gouvernement n’est pas un objectif en soi, il est un moyen pour vivifier le vrai et anéantir le faux.

Les conditions de la direction dans l’Islam

L’Imam, le maître des martyrs, Al-Husseini ibn Ali (a.s), a tracé, dans une lettre adressée aux habitants de Kufa, les lignes et les conditions générales de la direction dans l’Islam :

« Par Allah, l’Imam n’est que celui qui agit par le Livre, celui qui accomplit la justice, celui qui professe la religion du vrai et qui se réserve soi-même pour l’Être divin. »

Les conditions sont donc quatre :

  • Agir par le Livre
  • Accomplir la justice
  • Professer la religion du vrai
  • Se réserver soi-même pour l’Être divin

Le fondement du gouvernement, de l’Imamat et de la wilaya en l’Islam est celui-là. Ceux qui sont influencés par d’autres principes, qui sont trompés par la puissance et le statut, ne sont pas aptes à assumer cette responsabilité.

Le recul des nations

L’Imam Ali (a.s) dit :

« On remarque le recul des nations par quatre traits : la perte des fondements, l’attachement aux déviations, l’avancement des vicieux et la mise à l’arrière des vertueux. »

Dans toute société où les fondements sont piétinés, où les mesures sont égarées et où les questions futiles sont mises en avant, les gens pervers avancent d’une manière naturelle et prennent le pouvoir, entraînant la mise à l’écart des gens raisonnables et des savants. La faiblesse et l’incapacité à diriger rongent la société et mènent au recul et à la déchéance. Pour favoriser l’avancée des nations et des peuples, il est nécessaire que les dirigeants soient justes et capables.

Maximes de l’Imam Ali sur la politique

Voici quelques maximes de l’Imam Ali (a.s) concernant la politique convenable :

  • « Une bonne politique entraîne la rectitude des sujets. »
  • « Celui qui exécute une bonne politique conserve sa direction. »
  • « Bien organiser et éviter le gaspillage font partie de la bonne politique. »
  • « La meilleure des politiques est la justice. »
  • « La beauté de la politique consiste à être juste lorsqu’on ordonne et à savoir pardonner lorsqu’on est puissant. »

La nécessité du gouvernement en Islam

L’Imam Ali (a.s) a nettement insisté, dans Nahj al-Balagha, sur la nécessité de former un gouvernement. Il s’agit là d’un point indiscutable et formel. Cela fut fait en réponse au slogan lancé par les khadijites « Pas de gouvernement hormis celui d’Allah », où ils voulaient dire que même l’exécutif est du domaine du Tout-Puissant. Le commandant des croyants (a.s) leur répondit par sa célèbre réplique.

Parole juste dont on se sert pour vous induire en erreur

Oui, Dieu est l’unique autorité. Mais ceux-ci disent en réalité : " Il n’y a de gouvernement que Dieu " alors qu’il est indispensable aux hommes d’avoir un gouvernement, fût-il pieux ou pervers ! Ainsi le croyant s’adonnera à des bonnes actions et le mécréant à ses caprices jusqu’au terme fixé par Dieu. Ce chef y amassera des richesses qui lui permettront de combattre l’ennemi, d’assurer la sécurité, d’arracher au puissant les droits du faible, afin de rassurer l’homme et de n’avoir rien à redouter des impies.

Dans tous les cas, il est important qu’un système politique temporel existe pour instaurer la stabilité et la sécurité, pour assurer le repos des gens et s’opposer aux agressions ennemies. Tant que la société se fixe des objectifs à réaliser, il est nécessaire de former un gouvernement chargé de les mener à bien. Les buts élevés de la société islamique se réalisent en appliquant les jugements de l’Islam, et cela ne peut se faire que sous un gouvernement islamique.

Le commandant des mujahidins écrit à Mu’awiya

Le devoir consiste, dans le cadre du gouvernement d’Allah et de l’Islam sur les Musulmans, après la mort ou le meurtre de leur Imam, qu’il ait été égaré ou guidé, opprimé ou oppresseur, que son sang ait été justement ou injustement versé – qu’ils ne fassent rien, ne disent rien, n’avancent ni pied ni main, ne prennent aucune initiative, avant qu’ils ne se choisissent un Imam intègre, savant, pieux, versé dans la jurisprudence et la sunna, qui les rassemble et juge parmi eux, qui remette à l’opprimé son droit en le prenant de l’oppresseur, qui préserve leurs frontières, collecte leurs impôts, qui instaure l’autorité, qui collecte leurs dons. Ensuite, ils se réfèrent à lui pour qu’il juge à propos de leur Imam assassiné.

L’importance qu’accorde le commandant des croyants (a.s) à ces droits tient au rôle qu’ils jouent dans le maintien de l’unité et dans la préservation des limites et des droits sociaux, objectifs qui ne peuvent être réalisés hors du cadre du gouvernement des dirigeants justes et équitables. Ces droits réciproques sont la base de la grandeur morale et de la noblesse de la religion. Bref, ils assurent aux gens le bonheur social que voulaient instaurer tous les prophètes et messagers.

Il va sans dire que la présence de dirigeants justes est une condition nécessaire mais non suffisante pour parvenir à ce bonheur. La patience et la persévérance des gens sont aussi nécessaires, car sans elles, même le plus juste des dirigeants ne pourra y parvenir. Il est nécessaire donc que les gens soient en totale osmose avec les buts des dirigeants.

L’Imam Ali (a.s) dit dans un de ses sermons

Ô vous dont les esprits divergent, dont les cœurs sont éparpillés, dont les corps sont présents mais la raison absente, je vous rapporte du vrai mais vous le fuyez comme les chèvres fuient le rugissement du lion. Hélas ! Quand pourrai-je voir en vous les traits de la justice ou rectifier la distorsion du droit.

IV – Les buts du gouvernement islamique

En étudiant la vie active et les paroles du commandant des croyants Ali (a.s), nous dégageons une grande différence dans les principes et l’esprit des buts poursuivis d’une part par le gouvernement islamique et d’autre part par les gouvernements basés sur des conceptions et des orientations matérialistes.

Les buts matériels et divins du gouvernement

Ces derniers cherchent à atteindre des buts matériels à travers leur système politique, alors que les dirigeants divins poursuivent d’autres valeurs. Il (a.s) dit à ce propos :

« Ô Allah, Tu sais que ce qui émana de nous ne fut pas une rivalité pour un pouvoir ni une requête des choses vaines de ce monde, il s’agissait de faire réapparaître les signes de Ta religion et déclarer la réforme dans Ton royaume. Tes serviteurs opprimés seront rassurés et Ta Loi sera appliquée. »

Il nous apparaît donc que l’établissement de la justice et du droit soient les buts du gouvernement islamique. Mais l’Imam Ali (a.s) énonce d’autres buts : raviver la religion, réformer le pays, assurer la sécurité des opprimés, fixer les limites et les lois. Il considère que le vrai en Islam constitue le fondement et l’axe, il s’agit du but le plus important du gouvernement islamique. Il dit :

« L’humilié est pour moi puissant jusqu’à ce que je lui rende justice, le puissant est pour moi faible jusqu’à ce que je lui retire sa puissance. »

Le vrai et le faux sont les mesures de la noblesse et de l’humiliation. Nulle place n’est accordée aux valeurs matérielles, ni à leurs manifestations extérieures. Le but du gouvernement islamique est d’instaurer le vrai et protéger les droits des membres de la société. Nous voyons aujourd’hui avec regret que ce sont la force et la puissance qui fondent les droits. Le fort est puissant, il a le vrai de son côté, alors que celui qui est faible se retrouve humilié, vivant dans le faux.

La justice sociale comme but élevé

Nous pouvons donc affirmer que la justice sociale est l’un des buts les plus élevés du gouvernement islamique. Le Coran l’expose comme étant le but le plus important des prophètes et messagers :

« Nous avons envoyé nos messagers porteurs de preuves. [Par leur intermédiaire], Nous avons révélé l’Écriture ; Nous avons fait descendre la balance pour que les hommes observent l’équité… » (Coran : 57, 25).

Le vrai et la justice dans la culture islamique, et notamment dans Nahj al-Balaghah, précèdent les autres valeurs, à tel point qu’il fut dit à propos du commandeur des croyants (a.s) qu’il fut tué dans son mihrab à cause de la rigueur de sa justice. D’autres buts viennent ensuite :

  • Assurer la sécurité des gens
  • La stabilité du régime
  • La défense des droits des gens et notamment des plus faibles et des mineurs
  • La défense de l’indépendance du pays et des sujets face à la pénétration culturelle, économique, politique et militaire des ennemis

Dans sa lettre à Malek al-Ashtar, il (a.s) insiste sur la ligne stratégique du régime islamique et les moyens à utiliser :

« La collecte de ses impôts, le combat contre son ennemi, la réforme de sa population et le peuplement de ses provinces. »

Les traits spécifiques du dirigeant

Pour parvenir au but fixé par l’Islam d’une manière générale, et par Nahj al-Balaghah en particulier, qui est le bonheur social, la société doit être dirigée par des responsables justes et des dirigeants légalement aptes à la direction.

Le Coran et à sa suite, Nahj al-Balaghah, ont tracé les traits négatifs du dirigeant inique, en montrant le danger de suivre sa voie. Dans Al-Qasia, le commandeur des croyants (a.s) a dévoilé le danger qui menace le bonheur social et même la vie de la société si la direction leur était remise. Il met en garde les gens contre le fait de les suivre et de les imiter :

« Gare, gare à vous d’obéir à vos maîtres et à vos puissants orgueilleux. »

Les traits spécifiques du dirigeant islamique

Nous exposerons à présent les traits spécifiques du dirigeant qui a déjà rempli les conditions requises pour une telle charge, telles que la majorité, la raison, la capacité et l’aptitude.

1. L’érudition

Il est évident que le dirigeant islamique est un exégète du Coran. Il dévoile, exécute et retient ses lois, préserve l’indépendance du pays et de ses sujets, revivifie la religion et sa pratique, contrôle l’exécution des limites et des châtiments, et assure les droits des gens. Un tel personnage doit connaître les jugements et les lois, avoir une aptitude scientifique à appliquer les dérivés et les parties à partir des fondements et des ensembles, et connaître les nécessités de son temps. Le commandeur des croyants (a.s) a utilisé, pour indiquer cet état, les termes de : science, savant, connaissance profonde de la loi divine, connaissance de l’emplacement du vrai, savoir la juridiction, la législation et la sunna.

« Allah ne blâme les savants que s’ils acceptent le rassasiement du tyran et la faim de l’opprimé. »
« La rectitude de la religion et du monde ici-bas vient de quatre : un savant professant et agissant selon sa science… »
« Les gens sont de trois sortes : un savant divin, un érudit qui cherche sa salvation et la canaille stupide. »

Il blâme sévèrement celui qui accepte une responsabilité sociale définie et qui prend en charge le pouvoir ou la juridiction sans en avoir les attributions. Il le décrit ainsi :

« Les créatures les plus détestables pour Allah sont de deux sortes : un homme qu’Allah a abandonné dans sa propre voie… et un homme qui a réuni l’ignorance ; qui se précipite à la répandre au sein de la nation, plongeant dans les ténèbres de la sédition, aveugle quant aux bienfaits de la trêve ; des pseudo humains l’ont nommé savant alors qu’il n’en a rien… »

Le savant divin, selon Nahj al-Balaghah, a une responsabilité sociale. Les gens doivent le réaliser et s’y référer dans leurs affaires, leur religion et leur vie temporelle. Quant aux savants, ils doivent être fidèles à leurs promesses sociales. Diriger la société est d’une grande importance. Celui qui, d’entre les savants divins, en est le plus apte et le meilleur doit accepter cette responsabilité.

« Ne portent cette science que les gens de la patience, du discernement, ceux qui connaissent l’emplacement du vrai. »
« Celui qui en a le droit est celui qui est le plus capable et qui connaît le plus l’ordre divin dans ce domaine. »

2. La justice

Les termes de justice et de piété ont une place particulière dans Nahj al-Balaghah et l’explication qu’en donne l’Imam Ali (a.s) mérite attention. Le gouvernement islamique a le devoir d’assurer la justice sociale. Comment pouvons-nous attendre qu’un individu défende la justice et la piété dans la société si ses actes, son comportement et son âme en sont dépourvus ?

La première condition pour appliquer la justice est qu’elle soit permanente dans la vie individuelle et sociale de l’être humain, c’est-à-dire qu’il soit capable de faire la justice entre ses passions, ses instincts et sa raison, ce qui équivaut à la sagesse chez les moralistes.

Le commandeur des croyants (a.s) dit à propos de celui qui est apte à diriger la société :

« … »

Le dévouement et la justice du dirigeant

Il fut dévoué à Allah Seul et Allah l’a choisi. Il fait partie de la fermeté de Sa religion, des piliers de Sa terre. Il a exigé de lui-même la justice et son premier acte de justice fut d’écarter sa propre passion. Il décrit le vrai et agit en conséquence. Il se dirige vers tout objectif du bien et lève le doute. Il a fait du Coran ses limites ; le Coran est son dirigeant et son Imam.

Venant à Othman, en tant que délégué des gens, il lui dit :

« Le meilleur des gens pour Allah est un Imam juste qui guide et par qui les autres sont guidés, qui a élevé une sunna connue et fait mourir une innovation inconnue. »

Lorsqu’il fut critiqué sur l’arrangement conclu concernant le don, car beaucoup d’aristocrates ne le supportèrent pas, et qu’il lui fut proposé de donner des choses à Mu’awiya et à ses amis aristocrates pour les faire taire, il dit :

« Vous me demandez d’obtenir la victoire en étant injuste envers ceux qui m’ont choisi pour dirigeant ; par Allah, je ne m’y approcherai pas tant qu’il y a le jour et la nuit, tant que les étoiles se suivent les unes les autres. Si l’argent m’appartenait, je l’aurais partagé à égalité entre eux, mais comment cela se ferait-il puisque l’argent est celui d’Allah ? Donner l’argent à celui qui n’en a pas le droit est du gaspillage et de la dilapidation. Cela élève celui qui agit ainsi dans ce monde et le rabaisse dans l’au-delà ; il l’honore parmi les gens mais l’humilie dans la vie future. »

Les conditions de l’Imamat selon l’Imam Al-Baqer

As-Sadouq rapporte les paroles de l’Imam Al-Baqer (a.s) disant à ce propos :

« L’Imamat ne convient qu’à un homme ayant trois particularités : une piété qui empêche de commettre les interdits, une clémence qui contienne sa colère et une autorité bienveillante sur ceux qu’il dirige afin d’être pour eux comme un père miséricordieux. »

L’administration et l’organisation

L’organisation et la capacité à assurer la responsabilité en tous domaines sont des éléments indispensables à l’aptitude de gouverner. Les philosophes ont divisé la sagesse en deux parties : théorique et pratique. L’aspect pratique comporte les éléments suivants :

  • Éducation de soi
  • Organisation du foyer
  • Organisation des cités

Pour remplir ce rôle, le gouverneur doit se parer de la bienséance, pouvoir résoudre les problèmes et les complications qui exigent une attention minutieuse, une capacité d’organisation et une large connaissance des choses, afin que la société puisse avancer selon un plan, un programme et une politique justes, en suivant la meilleure des voies et les moyens les plus appropriés.

L’importance de cette qualité n’est pas à démontrer, mais nous nous appuierons sur les paroles de l’Imam (a.s) :

« Les gens les plus méritants (la direction) sont ceux qui en sont les plus capables. »
« La place du dirigeant est celle du fil par rapport aux perles ; il les rassemble et les regroupe. S’il se rompt, les perles se dispersent et s’éloignent, pour ne plus jamais se rassembler comme avant. »

Ce passage indique l’importance du système politique et le rôle que le dirigeant y tient, mais il indique également ses responsabilités pour faire régner l’harmonie au sein de la société, ce qui exige une organisation et une administration convenables.

Le personnage apte à ce poste doit savoir également à quel moment il doit utiliser les capacités d’autrui, les conseillers techniques par exemple, qui ont une large expérience dans des domaines variés, mais la décision, en fin de compte, lui revient.

Consultation et confiance en Allah

« Consulte-les sur la question, mais si tu décides, mets ta confiance en Allah » (Coran : 3, 159).

Paroles de l’Imam sur l’organisation

Nous citerons quelques paroles de l’Imam à ce propos :

« La vie convenable dépend de l’organisation. »

« La bonne politique dépend de la rectitude des sujets. »

« Qui organise mal subira sa perte comme il l’arrange. »

« Une bonne organisation développe la petite fortune, et la mauvaise réduit la grande. »

En fait, cette qualité est très importante car elle permet de profiter des possibilités et des occasions rares de la meilleure manière qui soit. Elle produit les meilleurs résultats avec le peu de moyens malgré l’énormité des problèmes. D’une manière générale, qui ne possède pas cette qualité rejettera la faute des carences et des déficiences sur la faiblesse des moyens. C’est pour cela que l’Imam Ali (a.s) dit :

« On aperçoit le recul dans quatre : la mauvaise organisation, la laideur de la dilapidation, le peu d’égard (envers les autres) et la grande vanité. »

Ces quatre sont les signes de la décadence et de la déchéance.

Ascétisme et simplicité

L’ascétisme, la satisfaction (du peu) et la simplicité sont les traits les plus distinctifs des dirigeants divins :

« Des hommes que nul commerce ni vente ne les considérations matérielles ne trouvent la voie vers leurs cœurs et leurs âmes. »

Il faut prendre en considération la vie même de l’Imam (a.s) et notamment lors de sa direction, lorsqu’il dit :

« Ô monde, éloigne-toi de moi ! Est-ce à moi que tu t’attaques ? Cherches-tu à me séduire ? Tu es loin de réussir. Trompe un autre que moi. Je n’ai nul besoin de toi. Je t’ai répudiée trois fois, d’une manière définitive. »

Cette parole ne fut pas prononcée alors que l’Imam dirigeait des combats militaires contre les ennemis de l’Islam ou lorsqu’il se trouvait à Médine après la mort du Prophète (SAW), consacrant sa vie tout simplement au travail, à l’adoration ou à l’éducation des autres. Combien furent nombreux ceux qui vécurent ascètes, fermant les yeux sur la société et ses responsabilités, foulant le monde avec leurs pieds.

L’importance de ces paroles tient au fait qu’elles furent prononcées alors que l’Imam se trouvait à la tête de la direction de la société islamique, lorsqu’il avait sous la main toutes les possibilités morales et matérielles de jouir de la vie sans aucune limite. Seule la crainte d’Allah l’en empêcha. Il dit, par ailleurs :

« Accepterais-je qu’on dise : c’est le commandant des croyants ; accepterais-je de ne pas partager avec eux les vicissitudes du destin, de ne pas être leur égal dans la difficulté de la vie ? Je n’ai pas été créé pour que ma préoccupation soit la nourriture succulente. »

C’est ainsi qu’il écrivit à son gouverneur à Bassora, Othman ibn Hanif, lorsqu’il apprit que ce dernier s’était rendu à un festin auquel il avait été invité. Il dit :

« Tout sujet a un Imam qui le guide et l’éclaire par sa science. Votre Imam s’est contenté, pour ce monde, d’un vêtement modeste et pour sa nourriture d’une galette ; et même si vous ne supportez pas cela, soutenez-moi avec piété et effort, pureté et exactitude. Par Allah, je n’ai accumulé de notre monde aucun or, ni amassé de ses butins aucune fortune, ni préparé un vêtement avant l’usure du mien, ni possédé dans sa terre un empan. »

Le Sermon Al-Qasia : une mise en garde contre les dirigeants tyranniques et l’orgueil satanique

Dans le sermon Al-Qasia, l’une des plus remarquables sur le plan éducatif, l’Imam (a.s) met en garde la société contre le mal du diable et des dirigeants qui, comme Satan, sont orgueilleux, menteurs et tyranniques. Il dénonce également les aristocrates corrompus et sectaires, attirant l’attention sur le danger que représentent les dirigeants maléfiques.

Les qualités des dirigeants divins selon l’Imam

Après avoir décrit la menace des dirigeants injustes, l’Imam (a.s) expose les qualités des dirigeants divins, des prophètes et des messagers. Il dit à leur sujet :

« Mais Allah, Exalté Soit-il, a fait que Ses messagers soient forts dans leurs résolutions et faibles dans leurs aspects pour les regards, qu’ils aient une satisfaction qui leur remplisse les cœurs et se passe des autres, et une indigence qui heurte pleinement la vue et l’ouïe. »

Les sources des enseignements sur le leadership divin

Les enseignements en ce domaine sont à puiser dans :

  • La vie et les paroles du Messager d’Allah (SAW)
  • La vie de l’Imam Ali (a.s) et des autres Imams infaillibles
  • Les exemples des prophètes, des walis et des dirigeants divins

Par Cheikh Al-Durri al-Najaf Abadi