La position de l'islam quant à la réincarnation

Discussion dans 'L'Islam et les autres doctrines' créé par Antonius, 13 Janvier 2017.

  1. Antonius

    Antonius Membre Membre

    As-salam aleykoum wa rahmatoullahi wa barakatoh,

    je souhaitais savoir la position précise de l'Islam quant à la théorie de la réincarnation, en quoi il la réfute. Ca entre en effet en contradiction avec le Jugement dernier, mais je souhaiterais disposer d'arguments précis.
    Avez-vous des idées à ce sujet ?

    Que la paix de Dieu soit avec vous,
     
  2. sam

    sam Membre Membre


    Salâm salâm


    Très cher Membre Antonius,


    SELON MOLLÂ SADRÂ

    L’âme parcourt l’ensemble des stations qui vont de l’état le plus matériel jusqu’à l’état intelligible, elle est une substance mobile et ce que la doctrine de la transmigration interprète mal c’est ce mouvement substantiel, de naissance en naissance, qui, lui, est vrai :

    « Sache que la différence entre le retour (ma’âd) et la transmigration (tanâsokh) c’est que le retour signifie le transfert (intiqâl) de l’esprit du monde sensible au monde suprasensible […]. La transmigration signifie le transfert de l’esprit, et son va-et-vient en ce monde-ci, d’un corps matériel à un autre. Le transfert d’un corps humain à un autre corps humain est appelé réincarnation, au corps d’un animal zoomorphose, au corps d’un végétal absorption, au corps d’un minéral solidification. La transmigration, selon Sadrâ, est radicalement impossible, soit qu’on la conçoive à la façon d’une descente, d’après Bouddha et d’autres Orientaux, soit qu’on la conçoive à la façon d’une ascension, comme d’autres se le sont représenté et comme y inclinent les Frères de la Pureté ; soit comme le professe une autre école, que les âmes sont en perpétuel va-et-vient dans les corps matériels, sans jamais pouvoir s’échapper vers le monde de la Lumière »

    Ce qui est absurde, c’est la doctrine naïve de la palingénésie, non la palingénésie elle-même. Ce qui est irréel, c’est le va-et-vient des âmes et des esprits, d’un corps matériel à l’autre, en ce monde-ci. Mais si l’on fait l’hypothèse d’autres corps, en d’autres mondes, tels que les corps configurés par l’imagination, la doctrine se peut prendre en un bon sens. La question, dit Sadrâ, a divisé les philosophes antérieurs. Il est difficile de concevoir la vérité, qui est la plasticité de l’âme, la différenciation de ses stations et de ses degrés. L’âme n’est autre que la somme de ses métamorphoses, et elle possède toujours une autre forme quand elle connaît une nouvelle « naissance » en un nouveau monde. Selon Mollâ Sadrâ, toute croyance à la réincarnation supprimerait purement et simplement le concept de la résurrection.

    Sur la difficulté à résoudre une telle question, il s'adresse à Avicenne en ces termes :

    « Un sujet d’étonnement pour moi, déclare Mollâ Sadrâ, c’est qu’Avicenne, avec la puissance de son génie, ait bien été amené à concevoir que le sens caché dans la transmigration (tanâsokh) dont ont parlé les Piliers de la sagesse, tels que Platon, les Pythagoriciens, les disciples de Bozorgmehr, ce sont autant de symboles (romûz) et de paraboles (tamthîlât) de la doctrine prophétique, et que cependant Avicenne n’ait pas été en mesure de résoudre la question du tanâsokh par une analyse qui en dégageât le sens vrai (‘alâ-tahqîq). Et cela, parce qu’il ne s’était pas assimilé le sens authentique de la résurrection corporelle (ma’âd jismânî), d’une manière qui s’accordât à la fois avec la philosophie (hikmat) et avec la théologie. » Et la raison pour laquelle il n’avait pu y atteindre, et par là même dut en rester à l’idée d’un ma’âd purement spirituel (ma’nawî).

    L’idée de Mollâ Sadrâ tendra essentiellement à discriminer l’idée de tanâsokh (transmigration) de l’idée de ma’âd (littéralement : le « retour »), dans leur acceptation courante, puis à montrer comment il faut entendre le ma’âd, de telle sorte que c’est alors l’idée même de tanâsokh qui en recevra une signification nouvelle et vraie.
    Mollâ Sadrâ rejette l’idée de tanâsokh entendue comme le « transvasement » d’une entité spirituelle d’un corps à un autre. Aussi, l’idée de ma’âd n’est pas de se le représenter comme un « retour » de l’âme à un organisme physique, reconstitué en dehors d’elle, car on ne ferait que revenir ainsi à une autre variante de l’idée de tanâsokh. Non, le corps de résurrection, c’est un corps que l’âme s’est constituée pour elle-même, le corps qu’elle a acquis en raison de son activité, de son amour, de ses comportements, de ses habitudes bonnes ou mauvaises.

    Pour entendre le ma’âd en son sens vrai, et partant sa différence à l’égard du tanâsokh, il faut donc écarter toute représentation d’un transfert local et matériel, comme si l’âme se séparait d’un corps matériel pour se conjoindre avec un autre qui l’attendrait à la façon d’un réceptacle.
    Il faut se représenter quelque chose comme le passage d’un mode d’être à un autre mode d’être, par exemple le passage de l’âme animale à l’état de l’âme angélique

    Bien que le premier degré de l’âme animale est la faculté du toucher, comme dans le ver ou les limaçons et leurs semblables, parmi les animaux privés de tête. Puis naissent les âmes sentantes, selon leurs degrés hiérarchisés, puis les âmes imaginatives, selon leurs degrés hiérarchisés, puis les âmes estimatives, de la même façon, elles qui sont le plus haut degré de l’âme animale en tant que telle. Puis se développe l’âme pensante angélique. Elle est l’une des lumières spirituelles de Dieu, qui s’élève à l’horizon du monde de la vie dernière. Elle est première à frapper à la porte du Royaume. Son premier degré est l’intellect matériel, qui est la semence de l’arbre de l’intelligence et de la sagesse spéculative, le pépin d’où naîtra le fruit de la connaissance spirituelle et de la foi. Puis, à partir de cet intellect matériel, se développe l’intellect doué de disponibilité, puis vient l’intellect en acte, puis l’intellect acquis, éclairant de sa lumière le retour en Dieu, puis enfin l’intelligence agente des intelligibles et des lumières, qui fait s’épancher à profusion l’existence des vérités et des mystères [divins].

    On obtiendrait ainsi la notion d’un « transfert quant à la substance » (intiqâl jawharî) qui est aussi bien l’idée de métamorphose, le « corps acquis » par l’âme représentant le nouveau mode d’être auquel elle est « transférée ». Il faut se représenter un processus continu de rénovation (ittisâl tajaddokî), une succession continue de métamorphose de l’être (akhwân ittisâlîyâ). On peut dire que l’idée authentique du ma’âd substitue l’idée de transmigration celle de transsubstantiation, à l’idée de métensomatose (tanâsokh) celle de métamorphose. Tandis que l’idée d’un transvasement ou « transfert local » de l’âme implique d’insurmontables difficultés, en revanche la progression d’imperfection en perfection, d’intensité plus faible en intensité croissante, de ce monde-ci à un autre monde, non seulement n’offre rien d’impossible, mais est bel et bien l’idée d’une vérité éprouvée (motahaqqaq). C’est l’idée même de cette ascension de l’être humain, de degré en degré, de monde en monde.

     
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  3. sam

    sam Membre Membre

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  4. Antonius

    Antonius Membre Membre

    As-salam aleykoum,

    je vous remercie pour toutes ces informations. Elles sont complexes, je les lirai donc davantage à tête reposée, mais de ce que j'ai lu elles répondent à ma question. :)
    Que Dieu vous récompense !
     
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  5. Sasori

    Sasori Membre actif Administration

    Salam alékoum,

    Merci pour cette réponse détaillée.J'aime beaucoup vos réponses quand il s'agit de philosophie et de mystique.

    Je me permets d'ajouter ceci :

    "11.Ils diront: «Notre Seigneur, Tu nous as fais mourir deux fois et redonné la vie deux fois : nous reconnaissons donc nos péchés. Y a-t-il un moyen d’en sortir?»" (Sourate 40)

    "95.Il est défendu [aux habitants] d’une cité que Nous avons fait périr de revenir [à la vie d’ici-bas]!

    96.Jusqu’à ce que soient relâchés les Yājūj et les Mājūj et qu’ils se précipiteront de chaque hauteur;" (Sourate 21)

    "48.au jour où la terre sera remplacée par une autre, de même que les cieux et où (les hommes) comparaîtront devant Allah, l’Unique, le Dominateur Suprême." (Sourate 14)

    Barak Allahou fikoum.
     
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