Incertitude politique en Irak post-Daech.

Discussion dans 'L'Irak et les conflits d'après-guerre' créé par Sasori, 21 Janvier 2017.

  1. Sasori

    Sasori Membre actif Administration

    Salam alékoum,

    Extrait : "Ceci nous amène à analyser l’éventualité d’une nouvelle période de violences communautaires après que l’Irak soit nettoyée de l’engeance que représente Daech. Ni l’Iran ni la Turquie ne veulent voir leur voisin commun plongé dans une guerre sans fin, même s’ils ont tous les deux des intérêts à protéger au sein même du territoire irakien. Toutefois, étant donné la nouvelle lune de miel dans laquelle convolent Téhéran et Ankara depuis l’échec du coup d’État fomenté par les États-Unis contre Erdogan, il est peu probable qu’ils se risquent unilatéralement à des manœuvres dangereuses qui pourraient être interprétées par l’autre partie comme susceptibles de déclencher une guerre civile. Ainsi, il est probable que ces deux puissances moyen-orientales soutiennent une initiative tendant à faire de l’Irak un État fédéral, avec la création légale de trois micro-États indépendants de fait les uns des autres, basés sur les trois communautés identitaires qui peuplent l’Irak aujourd’hui.

    Pour être honnête, la minorité sunnite pro-américaine est aussi, d’une certaine façon, en faveur d’une telle solution, et a milité auparavant en ce sens. Le problème, tel que cette minorité le perçoit, est que les régions kurde et chiite de cet Irak fédéral contiennent la majorité des réserves pétrolières du pays et concentrent la majeure partie de l’activité économique du pays. Cela signifie que la partie sunnite de cet arrangement territorial serait la plus pauvre et sous-développée, ce qui ne manquerait pas de devenir un terreau fertile pour la propagation d’idéologies radicales, et la prolongation de sympathies pour Daesh. Même si la partie sunnite du pays parvenait à obtenir un partage des revenus pétroliers de la part des deux autres entités, ce qui est hautement improbable, cela ne constituerait aucunement un palliatif à ses lacunes économiques et idéologiques. Ainsi, quelle que soit la constitution de l’Irak post-Daech, de nature fédérale ou autre, il apparaît que la partie sunnite du pays restera la plus potentiellement belligène et sujette à des influences et provocations extérieures, ce qui semble expliquer pourquoi cette solution a la faveur des États-Unis.

    Washington a compris que cette communauté sunnite peut constituer une plate-forme fiable pour la déstabilisation du champ de bataille interconnecté qu’est devenu le Syrak (Syrie et Irak). Même si les Kurdes peuvent fort bien remplir la même fonction stratégique, et ils le font déjà à l’heure actuelle du fait de leurs liens étroits avec les États-Unis et Israël, il y a de fortes chances que le concert tripartite des grandes puissances que forment la Russie, l’Iran et la Turquie réussirait à neutraliser, ou tout du moins à diluer cette menace stratégique.

    À l’opposé, il est moins sûr qu’ils y parviendraient de la même manière avec les communautés transnationales et ultra-traditionnelles sunnites qui peuplent les zones rurales du Syrak : en effet, la diffusion d’images de la neutralisation des minorités sunnites serait extrêmement dommageable et pourrait provoquer des tensions régionales, sans parler d’un possible éclatement de cette tripartite russo-irano-turque naissante, si la majorité sunnite venait à être isolée [par les États-Unis et Israël, NdT] d’une Turquie musulmane influencée par les Frères musulmans.

    Dans un avenir proche, le rapport de force en Irak post-Daech, qui dépend largement de la campagne actuelle de libération de Mossoul, nous donnera une indication claire de la direction politique que prendra l’Irak. La possibilité d’un conflit ethnique précédant ou suivant immédiatement la fin de cette campagne militaire est très élevée, et les États-Unis et leurs alliés du Golfe pourraient très bien créer les conditions pour la réalisation de ce scénario, afin de mieux pouvoir diviser pour régner dans la région du Syrak, tout en créant des difficultés nouvelles pour la Turquie et l’Iran.

    Le scénario idéal verrait un Irak revenir à sa structure politique antérieure, à savoir un État reposant sur des tensions communautaires mais « unifié ». Cela semble toutefois impossible, ce qui signifie qu’il est bien plus probable qu’un fédéralisme identitaire soit largement instauré dans le futur. Cela amènera son lot de difficultés, à savoir sur la réorganisation territoriale du pays, en particulier au sujet des revendications kurdes sur la région de Kirkouk. Il faut anticiper d’autres problèmes au sujet du partage des revenus pétroliers, de l’organisation des forces armées de chaque micro-État, de la division de Bagdad, et de l’autorité hypothétique que détiendront le gouvernement central et ses différents corps (militaire, fiscal, diplomatique, etc.) sur chacune des trois entités."

    http://www.mondialisation.ca/incertitude-politique-en-irak-post-daech/5569942

    Barak Allahou fikoum.
     

Partager cette page